Les jeunes filles sortent d'ordinaire une fois par mois pour aller dans leurs familles, où elles passent de plus, tous les ans, les quinze premiers jours d'octobre; le reste des vacances s'écoule pour elles à la maison de campagne du collège, sur les hauteurs de San Colombano.

Un règlement intérieur détermine tous les détails d'administration, d'instruction et d'éducation.

La notice de M. Agnelli se termine par deux citations. La première est extraite du journal La Donna, dirigé par M. Vespucci: «Je n'hésite pas à affirmer que le collège Cosway, de Lodi, est un des meilleurs de l'Italie et qu'il se place dans le petit nombre de ceux qui peuvent soutenir la comparaison avec les plus renommés de l'étranger» (Numéro 15 de la Ve année, 22 juillet 1879). L'autre citation est extraite du dernier livre de Bonfadini: «Parmi les réformes pédagogiques dont Francesco Melzi caressait l'idée, il faut mettre en première ligne l'intérêt croissant qu'il porta aux nouvelles méthodes anglaises d'instruction et d'éducation[226]. Ce fut lui qui, en 1812, acheta, à un certain Luigi Piccaluga, l'ancien couvent de Santa Maria delle Grazie, de Lodi, pour y installer un de ces établissements, qui acquit, par la suite, tant de réputation sous le nom de Maison des Dames Anglaises. Ses héritiers et successeurs continuèrent et parachevèrent ses intentions, et, en 1833, le duc Giovanni Francesco céda, par acte notarié, à Mme Maria Cosway, représentée par don Palamede Carpani, alors conseiller inspecteur des écoles élémentaires, tout l'édifice de Lodi, où le pensionnat a, depuis lors, siégé et fait honneur aux principes sur lesquels il repose.

À cette notice, pour laquelle je renouvelle ici mes remerciements à M. Agnelli, j'ajouterai seulement que, à juger de Maria Cosway par l'article que le Dictionary of national Biography de M. Leslie Stephen lui consacre, on prendrait une idée un peu moins favorable, non pas certes de son zèle ou de son intelligence, mais de sa gravité; cette femme de peintre, peintre elle-même, qui, entre deux accès de vocation religieuse, parcourt, à ce qu'il semble, l'Italie en compagnie d'un ténor italien (à la vérité sexagénaire et castrat), paraît moins bien préparée à la direction d'un pensionnat que Mme de Lort et Mme de Bayanne. Mais enfin, en lui conseillant de fonder un pensionnat, le cardinal Fesch avait sans doute trouvé le moyen de la fixer, puisque Melzi d'Eril se félicita de l'avoir encouragée. L'oncle de Napoléon aurait même voulu l'attacher à la France, car c'est à Lyon, d'après son biographe, l'abbé Lyonnet, qu'il aurait voulu lui confier une maison d'éducation[227].

APPENDICE B.

Projet de Napoléon Ier de fonder dans toutes les capitales de l'Europe un lycée français.—Professeurs français et professeurs de français en Italie, sous Napoléon Ier.

Pendant l'impression de ce volume, M. Caussade, l'aimable érudit de la Bibliothèque mazarine, m'a fait une communication fort intéressante. Il m'a raconté qu'au cours des travaux de la commission qui, sous l'Empire, publiait la correspondance de Napoléon Ier, un membre de la famille impériale, ayant pris l'habitude d'anéantir les documents dont la divulgation lui aurait déplu, feu le docteur Bégin, un des membres de la commission, eut l'idée de copier une partie des papiers qu'il classait. Toutefois, ne voulant pas encourir l'accusation d'abus de confiance, il cacha ses copies dans un coin de la Bibliothèque du Louvre, remettant au hasard le soin de les faire retrouver un jour et au temps celui de dissiper les scrupules qui en dictaient alors la suppression. Les incendiaires de 1871 firent, sans le savoir, aux parents de l'Empereur, le plaisir de les protéger contre l'indiscrétion de l'avenir. Or, parmi les copies du Dr Bégin, brûlées avec la Bibliothèque du Louvre, il ne se trouvait pas seulement des lettres, mais une foule de plans que Napoléon jetait sur le papier, dans ses heures de loisir et qu'il se réservait d'exécuter plus tard; et, parmi ces plans, se rencontrait celui d'établir dans toutes les capitales de l'Europe un lycée français, pour répandre dans tous les pays civilisés notre langue et notre littérature. N'est-il pas curieux de voir Napoléon rêver longtemps à l'avance l'œuvre de l'Alliance française? Je remercie donc vivement M. Caussade, qui tient ces détails de M. Bégin, de m'avoir fourni une nouvelle preuve de l'importance que l'Empereur attachait à la collaboration de l'Université.

Il faut cependant reconnaître que Napoléon aurait fort malaisément appliqué son vaste dessein. La preuve en est dans la peine qu'il eut à recruter le corps enseignant pour la France même et dans la lenteur que le prince Eugène et lui furent obligés de mettre à la nomination des professeurs dont nous rassemblerons ici les noms.

À part Silvio Pellico, qui enseigna le français à l'orphelinat militaire de Milan, à partir de 1810, les noms à citer sont bien obscurs; toutefois on ne jugera peut-être pas que ce soit trop d'accorder une ligne de souvenir à des hommes qui ont travaillé à la propagation de notre langue.

Dans les Universités impériales, on trouve comme professeurs de littérature française à Turin Gabriel Dépéret, à Gênes Marré, à Pise P. d'Hesmivy d'Auribeau. Dépéret était membre de l'Académie de Turin, pour la classe des sciences morales, de la littérature et des beaux-arts. Il a inséré dans les Mémoires de cette classe des Recherches philosophiques sur le langage des sons inarticulés (tome Ier, 1803), des Réflexions sur les divers systèmes de versification (tome II, 1805), et une dissertation intitulée: Principe de l'harmonie des langues, de leur influence sur le chant et la déclamation (tome III, 1809). Sur les nombreux écrits d'Auribeau, on peut consulter la France littéraire de Quérard et la Biographie des hommes vivants (Paris. Michaud, 1816-1819, 5 volumes). D'après les recherches que M. Ach. Neri, bibliothécaire de l'université de Gênes, a bien voulu faire, à la prière de M. le professeur Franc. Novati, Marré a laissé quelques écrits, notamment celui-ci: Vera idea delle tragedie di Vitt. Alfieri; et le Giornale degli studiosi lui a consacré une notice en 1869. Je n'ai pu me procurer cette notice. Ce Marré était sans doute le même que Gaet. Marré, qui, professeur de droit commercial à l'université de Gênes en 1821, publia cette année-là à Milan une dissertation intitulée Sul merito tragico di Vitt. Alfieri composée pour un concours ouvert, en 1818, par l'Académie de Berlin, et destinée à défendre le poète d'Asti contre les critiques de Schlegel.