Il s’interrompit soudain et prêta l’oreille : les explosions du moteur étaient devenues irrégulières tout à coup. Il s’emmitoufla de fourrures et sortit sur la galerie ; la cause du mal fut vite découverte : un fil électrique s’étant affaissé contre un cylindre avait été endommagé par la chaleur. Pour mieux effectuer la réparation, Ceintras arrêta le moteur un instant. Alors nous constatâmes que, les hélices restant immobiles, le sol fuyait tout de même à une assez grande vitesse au-dessous de nous.

— Bigre, s’écria Ceintras, les courants aériens sur lesquels j’avais compté deviennent de plus en plus forts ; nous allons avoir une rude avance sur notre horaire !

— Mais au retour ? demandai-je avec quelque inquiétude.

— Eh bien, répondit tranquillement mon compagnon, si la lutte contre le vent est trop pénible, au lieu de rebrousser chemin nous irons tout droit devant nous.

Il remit le moteur en marche, embraya les hélices et donna toute la vitesse.

Ensuite il parla de déboucher du champagne. J’y consentis volontiers. Tout marchait à merveille et la manœuvre ne consistait plus guère qu’à maintenir le ballon dans la bonne direction. Quand nous eûmes chacun vidé notre bouteille, la conversation se continua très animée, encore que chacun de nous ne prît guère garde au sens des paroles de l’autre. Nous étions entraînés par nos idées fixes aussi irrésistiblement que l’était le ballon par sa force propre et celle du vent.

— … La gloire, disait Ceintras, l’immortalité… Christophe Colomb en mieux…

— … Des choses, répliquai-je, que nul homme n’aurait été capable d’imaginer…

— … Réception enthousiaste, réputation universelle…

— … Des points de vue nouveaux, une révolution scientifique…