Mais il ne voulut rien entendre. Il parla de faire sauter le ballon plutôt que de se rendre à mon désir insensé ! Puis il se calma, me représenta que nous avions du temps devant nous, qu’il valait mieux remettre cette excursion à plus tard… Comme ceci était en somme assez juste, je cédai et nous poursuivîmes notre route à une altitude de quatre cents pieds environ.

Le paysage n’avait pas changé, à cela près que les végétations paraissaient maintenant plus larges et plus hautes ; ce qui me frappait dans leur aspect, c’était qu’au contraire de la plupart des plantes terrestres elles croissaient plutôt en largeur qu’en hauteur ; on aurait dit qu’un invisible obstacle les empêchait de s’élever au-dessus d’une certaine limite ou que le sol au lieu du ciel attirait leurs branches. Un peu plus tard, à des amoncellements de vapeurs blanchâtres, nous reconnûmes la présence de l’eau ; puis, au-dessous de ces vapeurs, durant quelques minutes, un fleuve se laissa entrevoir, pareil à un glaive d’argent bruni qu’un géant eût oublié au milieu de la plaine.

— Regarde, me dit soudain Ceintras, la température, en bas, doit s’être abaissée de nouveau, car j’aperçois çà et là, sur le sol, des lambeaux de neige…

Je me penchai à la balustrade et tins mes yeux fixés dans la direction que m’indiquait Ceintras.

— Ceintras !

— Quoi donc ?

— Viens voir : on dirait que cette neige remue…

Chaque monceau de blancheurs neigeuses semblait en effet s’agiter et varier dans la forme de ses contours comme aurait pu le faire un troupeau de moutons qui, en paissant, se seraient tantôt rapprochés, tantôt éloignés les uns des autres.

— C’est effrayant ! murmura mon compagnon prêt à défaillir.

— Non, répondis-je, c’est tout au plus singulier. Nous nous trouvons apparemment en présence d’un phénomène d’optique dû à un milieu visuel nouveau pour nous… Ou bien nous sommes les jouets d’une hallucination…