Il regarda le ciel au-dessus de sa tête, la vallée à ses pieds.

—Nous serons bien seuls,—dit-il,—seuls... plus loin... là-bas!...


[Sur la montagne.]

La route était assez belle pour de vigoureux marcheurs; et à mesure que Vendale et Obenreizer montaient, ils trouvaient l'air plus léger et la respiration leur devenait plus facile. Mais le ciel présentait de toutes parts un aspect morne et effrayant: la nature semblait avoir suspendu son activité; les oreilles et les yeux des voyageurs étaient également troublés par la menace et l'attente d'un changement prochain dans l'état de l'atmosphère et de la montagne; les indices avant-coureurs de la tempête se rapprochaient, et un lourd silence s'étendait sur toutes choses, à mesure que les nuages amoncelés, ou que le nuage,—car le ciel entier ne faisait plus qu'un nuage,—devenait plus sombre.

Bien que le jour en fût obscurci, la perspective n'était pas absolument effacée. Dans la vallée du Rhône, que nos voyageurs laissaient derrière eux, le fleuve courait à travers mille détours; cette belle eau limpide leur montrait alors une teinte plombée d'une tristesse navrante. Au loin, bien haut au-dessus de la route, ils apercevaient les glaciers et les avalanches suspendues au-dessus des passages qu'ils allaient franchir. Sur la route s'ouvraient des précipices sans fond et mugissaient des torrents; de tous côtés s'élevaient les pics gigantesques, et ce paysage immense que n'égayaient point les jeux de la lumière, où pas un rayon de soleil ne glissait, se déroulait distinctement devant les yeux des deux jeunes gens dans toute sa sublime horreur.

Le courage de deux hommes, seuls et sans défense, pourrait certainement faiblir un peu, s'ils avaient à se frayer une route pendant plusieurs milles et plusieurs heures au milieu d'une légion d'ennemis, silencieux et immobiles...; des hommes comme eux les regardaient d'un œil fixe, le front menaçant, la peur ne doit-elle pas les gagner d'une atteinte bien plus vive, si cette légion se compose des géants de la nature, si ce front sinistre est celui des pics et des montagnes, dont les menaces vont bientôt se changer en une redoutable fureur?

Ils montaient. La route était plus âpre et plus escarpée; mais la gaieté de Vendale devenait plus franche, à mesure qu'il voyait le chemin se dérouler derrière lui; il regardait cet espace conquis et s'applaudissait de la résolution qu'il avait prise. Obenreizer continuait à parler fort peu; il songeait au but poursuivi! Tous deux agiles, patients, déterminés, avaient bien les qualités nécessaires à une expédition si aventureuse. Si Obenreizer, le montagnard, voyait dans le temps quelque présage de mort, il se gardait bien d'en faire part à son compagnon.

—Aurons-nous traversé la passe ce soir?...—demanda Vendale.

—Non,—répliqua Obenreizer,—vous voyez combien la neige est plus épaisse ici qu'elle ne l'était plus bas. Plus nous monterons, plus nous la trouverons compacte et profonde.... Et puis les jours sont encore si courts! Si nous pouvons arriver à la hauteur du cinquième Refuge et coucher cette nuit à l'Hospice, c'est que nous aurons bien marché.