—Que le ciel soit loué!—s'écria-t-elle.—Oh! que le ciel soit béni!
—Malheureusement ils sont repartis aussitôt. Et justement nous nous mettions à leur recherche; mais nous avons été forcés d'attendre que la tourmente soit apaisée.
—Chers guides!—dit la jeune fille,—je vous accompagnerai. Pour l'amour de Dieu, laissez-moi vous suivre. L'un de ces deux hommes est mon mari, je l'aime tendrement!... oh! oui tendrement.... Vous le voyez! je ne suis point abattue, je ne suis pas lasse. Oh! je suis née paysanne et je vous montrerai que je sais m'attacher à vos cordes. Je vous fais le serment d'avoir du courage. Laissez-moi vous suivre. Si quelque malheur est arrivé à celui que je cherche, mon amour le découvrira. C'est à genoux que je vous en prie, chers amis des voyageurs. Pour l'amour que vos chères mères portaient à ceux dont vous êtes les fils, je vous supplie.
Ces bons et simples compagnons se sentirent émus.
—Après tout,—se dirent-ils à voix basse,—elle ne ment point, elle connaît les chemins de la montagne, puisqu'elle est si miraculeusement arrivée jusqu'ici.... Mais,—ajoutèrent-ils, en lui montrant son compagnon,—quant à ce monsieur-là, Mademoiselle....
—Cher Joey,—dit Marguerite en Anglais,—vous resterez dans cette maison, et vous nous attendrez.
—Si je savais lequel de vous deux a ouvert cet avis—dit Joey en regardant les deux guides de travers,—je vous battrais bien pour six pence et je vous donnerais encore une demi-couronne pour payer le médecin. Non, Mademoiselle, je m'attacherai à vos pas, aussi longtemps que j'aurai la force de vous suivre, et je mourrai pour vous si je ne peux pas faire mieux....
Le prochain déclin de la lune commandait impérieusement qu'on ne perdit point de temps. Les chiens donnaient des signes d'inquiétude. Les deux guides prirent vivement un parti. Ils échangèrent pour une plus longue la corde qui les attachait ensemble et l'on forma ainsi une longue chaîne. Ils marchaient devant, puis venaient Marguerite et Joey Laddle à l'arrière-garde. On se mit en route pour les Refuges.
La distance à parcourir était courte. Entre les cinq Refuges et l'Hospice, on ne comptait guère qu'une demi-lieue. Mais les sentiers étaient couverts de neige comme d'un gigantesque linceul. La troupe, cependant, ne fit point fausse route, et l'on arriva promptement à la galerie où Vendale et Obenreizer s'étaient abrités durant l'orage. Leurs traces avaient disparu, emportées par le tourbillon et la tempête; mais les chiens, courant en tous sens, semblaient confiants dans leur admirable instinct. On s'arrêta sous la voûte que la tourmente avait frappée avec le plus de fureur, et où l'amas de neige paraissait le plus profond. Là, les chiens s'agitèrent et se mirent à tournoyer pour indiquer que l'on allait manquer le but.
Les guides, sachant que le grand abîme se trouvait à droite, inclinèrent vers la gauche; on perdit le chemin. Celui qui marchait en tête fit halte, cherchant à consulter de loin le poteau indicateur. Tout à coup l'un des chiens se mit à gratter la neige. Le guide s'avança; la pensée lui vint qu'un malheureux voyageur pouvait bien être enseveli dans ce champ de neige.... Mais il vit cette neige souillée... et jeta un cri en découvrant une tache rouge.