—Vous souvenez-vous d'avoir eu jadis un client Anglais du nom de Vendale?—lui demanda-t-il.
—Eh bien,—répondit le notaire,—qu'est-ce que ce souvenir a de commun avec les choses qui nous occupent?
—Maître Voigt, votre horloge de sûreté vous a trahi.
—Que voulez-vous dire?
—J'ai lu les lettres et certificats contenus dans la boîte de votre client, et j'en ai pris des copies. Ces copies, je les ai sur moi. Monsieur Bintrey, cela vous paraîtra-t-il enfin une raison suffisante de rappeler vos amis?
Durant quelques instants, le notaire regarda de tous côtés. Placé entra Obenreizer et Bintrey, il ne savait auquel entendre, car il était plongé dans un étonnement qui lui enlevait l'exercice de la raison. Enfin il se remit, il attira son confrère dans un coin de la chambre et lui dit quelques mots.
Le visage de Bintrey, après avoir réfléchi, pendant un moment; comme un miroir, la surprise peinte sur celui de Maître Voigt, changea subitement d'expression. Avec l'ardeur d'un jeune homme, il s'élança vers la porte brune, disparut, et revint aussitôt suivi de Vendale et de Marguerite.
—Les voici!—cria-t-il à Obenreizer.—à vous la dernière manche de la partie. Jouez serré.
—Avant d'abdiquer, comme tuteur, mon autorité sur cette jeune fille,—dit Obenreizer,—mon devoir me commande de lui révéler un secret auquel elle est intéressée. Je ne réclame point son attention à la légère, et je ne lui demande point, ni aux autres personnes présentes, d'en croire mon récit sur parole. J'ai en main des preuves écrites. Ce sont des copies d'originaux dont l'authenticité pourra être attestée par Maître Voigt lui-même. Faites bien entrer cela dans son esprit, et reportons-nous ensemble à une époque déjà bien vieille... au mois de Février de l'année 1836.
—Remarquez cette date, Vendale,—s'écria Bintrey.