—Patience!—fit Obenreizer en voyant Vendale qui, malgré les efforts de Bintrey, se préparait encore à prendre la parole,—je ne cacherai plus bien longtemps le nom que vous désirez connaître. Mais, voici encore deux autres petits chiffons de papier. Voici ma troisième preuve:
«Certificat du Docteur Ganz, à Neufchâtel, daté de Juillet 1838.»
—Le docteur certifie—vous lirez tout à l'heure—d'abord qu'il a soigné l'enfant adopté dans toutes les maladies du jeune âge—ensuite que, trois mois avant la date de ce certificat même, le gentleman adoptant était mort; qu'à cette date juste, la veuve de ce gentleman, accompagnée de sa femme de chambre, quittait Neufchâtel pour s'en retourner en Angleterre.... Un anneau encore à ajouter à toutes ces chaînes,—reprit Obenreizer, après une courte pause,—et mon devoir sera rempli.... La femme de chambre en question demeura au service de cette dame jusqu'à la mort de celle-ci, il n'y a que peu d'années. Elle pourrait donc affirmer l'identité de l'adopté qu'elle a suivi depuis son enfance jusqu'à l'âge viril. Voilà son adresse en Angleterre... et ceci. Monsieur Vendale, est ma quatrième et dernière preuve.
—Pourquoi vous adressez vous à moi?—dit Vendale, tandis qu'Obenreizer jetait l'adresse écrite sur la table.
—Parce que vous êtes cet homme! Parce que si ma nièce vous épouse, elle épousera un bâtard, élevé par la charité publique; elle épousera un imposteur, sans nom, sans famille, qui fait le personnage d'un gentleman et qui n'est qu'un masque.
—Bravo!—s'écria Bintrey,—admirablement engagé, Monsieur Obenreizer; je n'ajouterai qu'un mot à ce que vous venez de dire!... Votre nièce épouse, grâce à vos efforts et à votre heureuse intervention, un homme qui hérite d'une belle fortune!... George Vendale, comme co-exécuteur testamentaire, souffrez que je me félicite en même temps que vous. Le dernier vœu terrestre de notre pauvre ami est accompli. Nous avons trouvé le véritable Walter Wilding... ah! ah! c'est Monsieur Obenreizer lui-même qui le dit: Vous êtes cet homme!
Ces derniers mots arrivèrent sans qu'il les entendit à l'oreille de Vendale. En ce moment il n'avait conscience que d'une sensation unique et délicieuse, il n'écoutait qu'une voix, celle de Marguerite qui lui disait:
—George, je ne vous ai jamais tant aimé que je vous aime.