En même temps il lui reprit les coudes.

Étrange manie.

—Je ne sais,—dit Vendale,—si vous avez déjà entendu parler de moi par votre maison de Neufchâtel?

—Oui, oui.

—En même temps que de Wilding?

—Certainement.

—N'est-il pas singulier que je vienne aujourd'hui vous trouver dans Londres comme représentant de la maison Wilding et Co., et pour vous présenter mes respects?

—Pourquoi serait-ce singulier?—repartit Obenreizer.—Que vous disais-je toujours autrefois, quand nous étions dans les montagnes? Elles nous paraissaient immenses, mais le monde est petit, si petit qu'on ne peut jamais y vivre longtemps, éloignés les uns des autres. Il y a si peu de monde en ce monde qu'on s'y croise et s'y recroise sans cesse. Le monde est si petit que nous ne pouvons nous débarrasser de ceux qui nous gênent.... Ce n'est pas qu'on puisse jamais désirer se débarrasser de vous.

—J'espère que non, Monsieur Obenreizer.

—Je vous en prie, dans votre pays, appelez-moi: Mister. Je ne me fais jamais nommer autrement par amour de l'Angleterre. Ah! que ne suis-je Anglais! Mais, je suis montagnard. Et vous? Bien que descendant d'une famille distinguée, vous avez consenti à vous mettre dans le commerce. Mais, pardon, est-ce que je m'exprime bien? Les vins! cher monsieur, les vins! En Angleterre, est-ce un commerce ou une profession? Sûrement, ce n'est pas un art.