—Mes compatriotes!—fit Obenreizer en lui pressant doucement les coudes,—ils sont semblables à la majorité des hommes.... Et la majorité des hommes ne manque jamais de prendre à autrui ce qu'elle peut lui prendre. Adieu. Demain à quatre heures.
—À quatre heures, bonsoir!
Resté seul, Vendale rapprocha les bûches, les couvrit de la cendre blanche du bois de sapin répandue dans le foyer, et s'assit, la tête dans ses mains, pour rassembler ses pensées. Mais elles continuaient à courir dans l'espace et le grondement du fleuve les agitait encore. Tandis que le jeune homme essayait de réfléchir, la disposition au sommeil, qui le gagnait auparavant, le quitta. Il lui parut qu'il ferait bien de ne pas se coucher encore, et il demeura près du feu.
Marguerite, Wilding, Obenreizer, passaient devant ses yeux, avec mille visions, mille espérances nouvelles.
Tous ces rêves prirent possession de son esprit et il ne sentit plus le besoin du repos. Le sommeil s'éloignait de lui. Sa bougie se consuma, la lumière s'éteignit, mais la lueur du feu suffisait à éclairer la chambre. Vendale changea de posture, appuya son bras sur le dos de sa chaise, son menton sur sa main, et demeura là, méditant toujours.
Il était assis entre le lit et le foyer. La flamme vacillait, agitée par le vent du fleuve, et l'ombre du jeune homme démesurément agrandie se jouait auprès du lit sur la muraille blanche. Cette ombre, à l'air affligé, semblait se pencher sur la couchette dans une attitude suppliante. Cependant Vendale se sentit tout ému. Une vision désobligeante traversa la chambre, il crut voir là-bas, non plus son ombre, mais celle de Wilding qui s'agitait. Aussi changea-t-il de place, l'ombre disparut, et la muraille s'évanouit. Le jeune homme avait fait reculer sa chaise dans un petit renfoncement près de la cheminée; la porte se trouvait devant lui. Cette porte se trouvait munie d'un grand et long loquet de fer.
Tout à coup, il vit ce loquet se soulever doucement, la porte s'entrouvrir et se refermer comme d'elle-même, et comme si ce n'était que le vent qui l'eût fait mouvoir. Cependant le loquet demeurait hors de l'anneau. La porte se rouvrit lentement, jusqu'à ce que l'ouverture fût assez grande pour donner passage à un homme, après quoi le ballant demeura immobile comme si une main vigoureuse le retenait à l'extérieur, une forme humaine apparut le visage tourné vers le lit. L'homme se tint debout sur le seuil, puis, à voix basse, et faisant un pas en avant:
—Vendale!—dit-il.
—Qu'y a-t-il donc?—s'écria Vendale, qui se trouva debout,—Qui est là?
C'était Obenreizer. Il laissa échapper un cri de surprise, en voyant le jeune homme venir à lui du côté de la cheminée.