—Non.

—Ni un gentleman nommé Winkle?

—Non.

—Mes amis ne sont pas arrivés aujourd'hui, et par conséquent, monsieur, nous dînerons seuls. Garçon! conduisez-nous dans une salle à manger particulière.»

En vertu de cette requête, l'homme corpulent voulut bien ordonner au commissionnaire d'apporter les bagages des gentlemen; puis il leur fit traverser un passage long et sombre, et les introduisit dans une grande chambre, à peine meublée, où fumait, sur une grille malpropre, un petit feu de charbon de terre qui s'efforçait en vain de paraître joyeux, et qui noircissait misérablement sous l'influence attristante du local. Au bout d'une heure, un plat de poisson et des côtelettes furent servis aux voyageurs, et enfin, lorsque ce dîner eut été remporté, M. Pickwick et M. Peter Magnus, tirant leurs chaises plus près du feu, demandèrent une bouteille de vin de Porto, le plus mauvais possible, au prix le plus élevé possible, pour le bénéfice de la maison, et burent, pour le leur, de l'eau-de-vie et de l'eau chaude.

M. Peter Magnus était naturellement d'une disposition très-communicative, et le grog opéra d'une manière surprenante pour faire écouler les secrets les plus cachés de son cœur. Après avoir donné de nombreux renseignements sur lui-même, sur sa famille, sur ses alliances, sur ses amis, sur ses plaisanteries, sur ses affaires et sur ses frères (la plupart des bavards ont beaucoup de choses à dire sur leurs frères), M. Peter Magnus contempla M. Pickwick pendant plusieurs minutes, à travers ses lunettes bleues, et dit ensuite avec un air de modestie:

—Et maintenant, monsieur Pickwick, que pensez-vous que je sois venu faire ici?

—Sur ma parole, répondit la philosophe, il m'est tout à fait impossible de le deviner. Pour affaire, peut-être?

—Vous avez moitié raison, moitié tort en même temps. Essayez encore, monsieur Pickwick.

—Réellement j'implore votre merci, et vous me l'apprendrez ou non, à votre choix; car je ne pourrai jamais deviner, quand j'essayerais toute la nuit.