Sam savait bien qu'il n'avait qu'à rester tranquille et que les deux invitées ne manqueraient point de parler; aussi se contenta-t-il de regarder alternativement le poêlon, le fromage, le mur et le plancher, en gardant le plus profond silence.

«Pauvre chère femme! s'écria mistress Cluppins.

—Pauvre criature!» rétorqua mistress Sanders.

Sam ne dit rien; il vit qu'elles arrivaient au sujet.

«Riellement je ne puis pas me contenir, dit mistress Cluppins, quand je pense à une trahison comme ça. Je ne veux rien dire pour vous vexer, jeune homme, mais votre maître est une vieille brute, et je désire que je l'eusse ici pour lui dire à lui-même.

—Je désire que vous l'eussiez, répondit Sam.

—C'est terrible de voir comme elle dépérit et qu'elle ne prend plaisir à rien, excepté quand ses amies viennent, par pure charité, pour causer avec elle et la rendre confortable, reprit mistress Cluppins en jetant un coup d'œil au poêlon et au fromage. C'est choquant.

—Barbaresque! ajouta mistress Sanders.

—Et votre maître, qu'est un homme d'argent, qui ne s'apercevrait tant seulement pas de la dépense d'une femme. Il n'a pas l'ombre d'une excuse. Pourquoi ne l'épouse-t-il pas?

—Ah! dit Sam. Bien sûr, voilà la question.