Ayant exprimé cette opinion, M. Weller reprit lentement sa position première, et cligna de l'œil d'un air très-sagace.
«C'est une drôle d'idée, tout de même, de vouloir envoyer des mouchoirs à des gens qui ne connaissent pas la manière de s'en servir, fit remarquer Sam.
—I' sont toujours à faire quelque bêtise de ce genre, Sammy. L'autre dimanche, je flânais sur la route, qu'est-ce que j'aperçois debout à la porte d'une chapelle? Ta belle-mère avec un plat de faïence bleue à la main, oùs que les patards tombaient comme la grêle.... Tu n'aurais jamais cru qu'un plat mortel aurait pu y tenir. Et pour quoi penses-tu que c'était, Sammy?
—Pour donner un autre thé, peut-être!
—Tu n'y es pas, c'était pour la rente d'eau du berger
—La rente d'eau du berger!
—Ni plus ni moins. I' y avait trois trimestres que le berger n'avait pas payé un liard, pas un liard. Au fait il n'a guère besoin d'eau, i' ne boit que très-peu de c'te liqueur-là, très-peu, Sammy.... pas si chose! Comme ça, la rente n'était pas payée et le receveur avait arrêté son filet. V'là donc le berger qui s'en va à la chapelle. Il dit qu'il est un saint martyrisé, qu'il désire que le tourne-robinet qu'a coupé son filet obtienne son pardon du ciel, mais qu'il a bien peur qu'on ne lui ait déjà retenu dans l'autre monde une place où il ne sera pas à son aise. Là-dessus les femelles font un meeting, chantent des hymnes, nomment ta belle-mère présidente, votent une quête pour le dimanche suivant, et repassent tout le quibus au berger. Et si il n'a pas eu de quoi payer sa rente d'eau, sa vie durant, dit M. Weller en terminant, je ne suis qu'un Hollandais et tu en es un autre, voilà tout.»
M. Weller fuma en silence pendant quelques minutes, puis il ajouta:
«Le pire de ces bergers, mon garçon, c'est qu'i' tournent la tête à toutes les jeunes filles. Dieu bénisse leurs petits cœurs! elles s'imaginent que c'est tout miel, et elles n'en savent pas plus long. Elles donnent toutes dans la charge, Sammy, elles y donnent toutes.
—Ça me fait cet effet-là, dit Sam.