—Je n'ai pas pris votre numéro, dit M. Pickwick d'un ton indigné.
—Pourquoi l'avez-vous noté, alors? demanda le cocher.
—Je ne l'ai pas noté! s'écria M. Pickwick, avec indignation.
—Croiriez-vous, continua le cocher, en s'adressant à la foule; croiriez-vous que ce mouchard-là monte dans mon cabriolet, prend mon numéro, et couche sur le papier chaque parole que j'ai dite?» (Le mémorandum revint comme un trait de lumière dans la mémoire de M. Pickwick.)
«Il a fait ça? cria un autre cocher.
—Oui, il a fait ça. Après m'avoir induit par ses vexations à l'attaquer, voilà qu'il a trois témoins tout prêts pour déposer contre moi. Mais il me le payera, quand je devrais en avoir pour six mois! Avancez donc.» Et dans son exaspération, avec un dédain superbe pour ses propres effets, le cocher lança son chapeau sur le pavé, fit sauter les lunettes de M. Pickwick, envoya un coup de poing sous le nez de M. Pickwick, un autre coup de poing dans la poitrine de M. Pickwick, un troisième dans l'œil de M. Snodgrass, un quatrième pour varier dans le gilet de M. Tupman; puis s'en alla d'un saut au milieu de la rue, puis revint sur le trottoir, et finalement enleva à M. Winkle le peu d'air respirable que renfermaient momentanément ses poumons, le tout en une douzaine de secondes.
«Où y a-t-il un constable? dit M. Snodgrass.
—Mettez-les sous la pompe, suggéra un marchand de pâtés chauds.
—Vous me le payerez, dit M. Pickwick respirant avec difficulté.
—Mouchards! crièrent quelques voix dans la foule.