Derrière lui, presque sur ses talons, venait M. Job Trotter, qui, du moins, ne comptait pas dans le catalogue de ses vices le manque d'attachement à son compagnon. Il était encore déguenillé et malpropre, mais son visage n'était plus tout à fait aussi creux que lors de sa première rencontre avec M. Pickwick. En ôtant son chapeau à notre bienveillant ami, il murmura quelques expressions entrecoupées de reconnaissance, ajoutant que sans M. Pickwick ils seraient morts de faim.

«Bien, bien! dit M. Pickwick en l'interrompant avec impatience. Restez derrière avec Sam. Je veux vous parler, monsieur Jingle. Pouvez-vous marcher sans son bras?

—Certainement, monsieur, à vos ordres. Pas trop vite, jambes vacillantes, tête ahurie, sorte de tremblement de terre.

—Allons, donnez-moi votre bras, dit M. Pickwick.

—Non, non, je ne veux pas, j'aime mieux marcher seul.

—Folie! Appuyez-vous sur moi, je le veux.»

Voyant que Jingle était confus, agité, et ne savait que faire, M. Pickwick coupa court à ses incertitudes, en tirant sous son bras celui de l'ex-comédien, et en l'emmenant avec lui, sans ajouter une autre parole.

Durant tout ce temps la contenance de M. Samuel Weller exprimait l'étonnement le plus monstrueux, le plus stupéfiant qu'il soit possible d'imaginer. Après avoir promené ses yeux de Job à Jingle, et de Jingle à Job, dans un profond silence, il murmura entre ses dents: Pas possible! pas possible! et répéta ces mots une douzaine de fois; après quoi il parut complètement privé de la parole, et recommença à contempler tantôt l'un, tantôt l'autre, dans une muette perplexité.

«Allons, Sam, dit M. Pickwick en regardant derrière lui.

—Voilà, monsieur,» répliqua Sam en suivant machinalement son maître, mais sans ôter ses yeux de dessus M. Job Trotter, qui trottait à côté de lui.