—Si, certainement, monsieur; mais les guichetiers le savent d'avance; ils préviennent les siffleurs, et alors va-t'en voir s'ils viennent, Jean! L'inspecteur ne trouve rien.»
Tandis que Sam achevait ces explications, Job frappait à une porte qui fut immédiatement ouverte par un gentleman mal peigné, puis soigneusement refermée au verrou, quand la compagnie fut entrée; après quoi le gentleman siffleur regarda les nouveaux venus en riant; là-dessus Job se mit aussi à rire, autant en fit Sam; et M. Pickwick, pensant qu'on en attendait sans doute autant de lui, prit un visage souriant, jusqu'à la fin de l'entrevue.
Le gentleman mal peigné parut comprendre parfaitement cette silencieuse manière d'entrer en affaires. Il aveignit de dessous son lit une bouteille de grès plate, qui pouvait contenir environ une couple de pintes, et remplit de genièvre trois verres, que Job et Sam dépêchèrent habilement.
«En voulez-vous encore, dit le gentleman siffleur.
—Non, merci, dit Job Trotter.»
M. Pickwick paya, la porte fut déverrouillée, et comme M. Roker passait en ce moment, le gentleman mal peigné lui fit un signe de tête amical.
En sortant de là, M. Pickwick erra dans les escaliers et le long des galeries, puis il fit encore une fois le tour de la maison.
À chaque pas, dans chaque personne, il lui semblait voir Mivins et Smangle, et le vicaire, et le boucher, car toute la population paraissait composée d'individus d'une seule espèce. C'était la même malpropreté, le même tumulte, le même remue-ménage, les mêmes symptômes caractéristiques dans tous les coins, dans les meilleurs comme dans les pires. Il y avait partout quelque chose de turbulent et d'inquiet, et l'on voyait toutes sortes de gens se rassembler et se séparer, comme on voit passer des ombres dans les rêves d'une nuit agitée.
«J'en ai vu assez, dit M. Pickwick en se jetant sur une chaise dans sa petite chambre. Ma tête est fatiguée de ces scènes bruyantes, et mon cœur aussi. Dorénavant je serai prisonnier dans ma propre chambre.»
M. Pickwick se tînt parole. Durant trois longs mois il resta enfermé tout le jour, ne sortant qu'à la nuit pour respirer l'air, quand la plus grande partie des autres prisonniers étaient dans leur lit, ou se régalaient dans leur chambre. Sa santé commençait évidemment à souffrir de la rigueur de cette réclusion, mais ni les fréquentes supplications de ses amis et de M. Perker, ni les avertissements encore plus fréquents de Sam, ne pouvaient le décider à changer un iota à son inflexible résolution.