«Que la campagne est jolie, soupira mistress Rogers; je souhaiterais vraiment y vivre toujours!
—Oh! vous ne l'aimeriez pas longtemps, madame, répliqua Mme Bardell avec précipitation; car il n'était pas à propos d'encourager de semblables idées chez sa locataire.
—Je suis sûre, madame, reprit la petite Mme Cluppins, que vous ne vous en contenteriez pas quinze jours; vous êtes trop gaie et trop recherchée à la ville.
—Cela se peut, madame.... cela se peut, murmura doucement la locataire du premier étage.
—La campagne, fit observer M. Raddle, en retrouvant un peu d'assurance et de gaieté, la campagne est très-bonne pour les personnes seules, qui n'ont personne qui se soucisse d'elles, ou pour les personnes qui ont eu des peines de cœur, et toutes ces sortes de choses. La campagne pour une âme blessée, dit le poëte....»
Or, de toutes les paroles que pouvait proférer le malheureux gentleman, celles-ci étaient indubitablement les plus mal trouvées. En effet, à cette citation, Mme Bardell ne manqua pas de fondre en larmes, et voulut quitter la table sur-le-champ; ce que voyant, son tendre fils se mit à pousser des cris affreux.
«Est-il possible, s'écria Mme Raddle, en se tournant avec fureur vers la locataire du premier étage, est-il possible qu'une femme soit mariée à un être aussi insupportable, qui se fait un jeu de blesser sa sensibilité à chaque instant de la journée.
—Ma chère, dit M. Raddle d'une voix plaintive, je n'avais pas la moindre pensée....
—Vous n'aviez pas la moindre pensée, répéta Mme Raddle avec un noble dédain. Allez-vous-en; je ne puis plus vous voir; vous êtes une brute.
—Ne vous tourmentez pas, Mary-Ann, interrompit mistress Cluppins. Il faut vraiment faire attention à votre santé ma chère, vous n'y songez pas assez. Allez-vous-en, Raddle, comme une bonne âme. Elle est toujours plus mal quand elle vous Voit.