—Souvent, dit M. Pickwick en souriant. Il était votre oncle, je pense.
—Non, non, seulement un ami de mon oncle.
—Malgré ça, c'était un homme bien étonnant que votre oncle, dit l'aubergiste en branlant la tête.
—Eh! eh! je le crois bien, répliqua le borgne. Je pourrais vous rapporter une histoire de ce même oncle, qui vous étonnerait peut-être un peu, gentlemen.
—Racontez-la nous, je vous en supplie, dit M. Pickwick avec empressement.»
Le borgne tira du bol un verre de vin chaud et le but; prit une bonne bouffée de fumée dans la pipe hollandaise, et voyant que Sam lanternait autour de la porte, lui dit qu'il pouvait rester s'il voulait, et qu'il n'y avait rien de secret dans son histoire. Enfin, fixant son œil unique sur l'aubergiste, il commença dans les termes du chapitre suivant.
[CHAPITRE XX]
Contenant l'histoire de l'oncle du commis-voyageur.
Mon oncle, gentlemen, dit le commis-voyageur, était le gaillard le plus jovial, le plus plaisant, le plus malin qui ait jamais existé. Je voudrais que vous l'eussiez connu, gentlemen.... Mais non, en y réfléchissant, je ne le voudrais point; car, suivant le cours de la nature, si vous l'aviez connu, vous seriez ou morts ou si près de l'être, que vous auriez renoncé à courir le monde, ce qui me priverait de l'inestimable plaisir de vous parler en ce moment. Gentlemen, je voudrais que vos pères et vos mères eussent connu mon oncle, il leur aurait plu étonnamment, principalement à vos respectables mères. J'en suis sûr et certain. Si parmi ses nombreuses vertus il y en avait deux qui prédominaient, j'oserais dire que c'était son punch et ses chansons à boire. Pardonnez-moi de me laisser aller ainsi au mélancolique souvenir du mérite qui n'est plus; vous ne verrez pas tous les jours de la semaine un homme comme mon oncle, gentlemen.