«Après tout, dit M. Pickwick en savourant la dernière goutte, ses idées sont réellement très-plaisantes, très-amusantes en vérité!
—Sans aucun doute,» répliqua Ben. Et, pour prouver que M. Bob était un des plus joyeux compères existants, il raconta lentement et en détail, comment son ami avait tant bu une fois, qu'il y avait gagné une fièvre chaude, et qu'on avait été obligé de le raser. La relation de cet agréable incident durait encore, lorsque la chaise arrêta devant l'hôtel de la Cloche, à Berkeby-Heath, pour changer de chevaux.
«Nous allons dîner ici, n'est-ce pas? dit Bob en fourrant sa tête à la portière.
—Dîner! s'écria M. Pickwick. Nous n'avons encore fait que dix-neuf milles, et nous en avons quatre-vingt-sept et demi à faire.
—C'est précisément pour cela qu'il faut prendre quelque chose qui nous aide à supporter la fatigue, répliqua Bob.
—Oh! reprit M. Pickwick en regardant sa montre, il est tout à fait impossible de dîner à onze heures et demie du matin.
—C'est juste, c'est un déjeuner qu'il nous faut.—Ohé! monsieur! un déjeuner pour trois, sur-le-champ, et n'attelez les chevaux que dans un quart d'heure. Faites mettre sur la table tout ce que vous avez de froid, avec quelques bouteilles d'ale, et votre meilleur madère.» Ayant donné ces ordres avec un empressement et une importance prodigieuse, M. Bob Sawyer entra immédiatement dans la maison pour en surveiller l'exécution. Il revint, en moins de cinq minutes, déclarer que tout était prêt et excellent.
La qualité du déjeuner justifia complétement les assertions du pharmacien, et ses compagnons de voyage y firent autant d'honneur que lui. Grâce à leurs efforts réunis, les bouteilles d'ale et le vin de Madère disparurent promptement. Le flacon fut ensuite rempli du meilleur équivalent possible pour le punch, et quand nos amis eurent repris leurs places dans la voiture, le cornet sonna et le pavillon rouge flotta, sans la plus légère opposition de la part de M. Pickwick.
À Tewkesbury, on arrêta pour dîner, et on y expédia encore de l'ale, une bouteille de madère et du porto par-dessus le marché; enfin le flacon y fut rempli, pour la quatrième fois. Sous l'influence combinée de ces liquides, M. Pickwick et M. Allen restèrent endormis pendant trente milles, tandis que Bob et Sam Weller chantaient des duos sur leur siége.
Il faisait tout à fait sombre, quand M. Pickwick se secoua et s'éveilla suffisamment pour regarder par la portière. Des chaumières éparses sur le bord de la route, la teinte enfumée de tous les objets visibles, l'atmosphère nébuleuse, les chemins couverts de cendre et de poussière de brique, la lueur ardente des fournaises embrasées, à droite et à gauche, les nuages de fumée qui sortaient pesamment des hautes cheminées pyramidales et qui noircissaient tous les environs, l'éclat des lumières lointaines, les pesants chariots qui rampaient sur la route, chargés de barres de fer retentissantes ou d'autres lourdes marchandises, tout enfin indiquait qu'on approchait de la grande cité industrielle de Birmingham.