L'horloge sonnait dix heures quand MM. Pickwick, Ben Allen et Bob Sawyer frappèrent à la porte. Une servante proprette vint l'ouvrir, et tressaillit en voyant trois étrangers.

«M. Winkle est-il chez lui, ma chère? demanda M. Pickwick.

—Il va souper, monsieur, répondit la jeune fille.

—Donnez-lui cette carte, s'il vous plaît, et dites-lui que je suis fâché de le déranger si tard, mais que je viens d'arriver, et que je dois absolument le voir ce soir.»

La jeune fille regarda timidement M. Sawyer, qui exprimait par une étonnante variété de grimaces l'admiration que lui inspiraient ses charmes; ensuite, jetant un coup d'œil aux chapeaux et aux redingotes accrochés dans le corridor, elle appela une autre servante, pour garder la porte pendant qu'elle montait. La sentinelle fut rapidement relevée, car la jeune fille revint immédiatement, demanda pardon aux trois amis de les avoir laissés dans la rue, et les introduisit dans un arrière-parloir, moitié bureau, moitié cabinet de toilette, dont les principaux meubles étaient un bureau, un lavabo, un miroir à barbe, un tire-botte et des crochets, un tabouret, quatre chaises, une table et une vieille horloge.

Sur le manteau de la cheminée se trouvait un coffre-fort en fer fixé dans le mur; enfin un almanach et une couple de tablettes chargées de livres et de papiers poudreux décoraient les murs.

«Je suis bien fâché de vous avoir fait attendre à la porte, monsieur, dit la jeune fille en allumant une lampe et en s'adressant à m. Pickwick avec un gracieux sourire; mais je ne vous connaissais pas du tout, et il y a tant d'aventuriers qui viennent pour voir s'ils peuvent mettre la main sur quelque chose que réellement....

—Il n'y a pas le moindre besoin d'apologie, ma chère enfant, répliqua M. Pickwick avec bonne humeur.

—Pas le plus léger, mon amour,» ajouta Bob en étendant plaisamment les bras, et sautant d'un côté de la chambre à l'autre, comme pour empêcher la jeune fille de s'éloigner immédiatement. Mais elle ne fut nullement attendrie par ces gracieusetés, car elle exprima tout haut son opinion que M. Bob Sawyer était un polisson, et lorsqu'il voulut l'amadouer par des moyens encore plus pressants, elle lui imprima ses jolis doigts sur le visage, et bondit hors de la chambre, avec force expressions d'aversion et de mépris.

Privé de la société de la jeune bonne, M. Bob Sawyer chercha à se divertir en regardant dans le bureau, en ouvrant les tiroirs de la table, en feignant de crocheter la serrure du coffre-fort, en retournant l'almanach, en essayant, par-dessus ses bottes, celles de M. Winkle senior, et en faisant sur les meubles et ornements diverses autres expériences amusantes, qui causaient à M. Pickwick une horreur et une agonie inexprimables, mais qui donnaient à M. Bob Sawyer un délice proportionnel.