—En êtes-vous sûr? puis-je y compter? reprit l'étranger, dont les regards et les manières avaient quelque chose de soupçonneux.

—Sans aucun doute, monsieur.

—Bien. Cocher, je reste ici. Conducteur, mon sac de nuit.»

Puis ayant dit bonsoir aux autres passagers, d'un air d'assez mauvaise humeur, l'étranger descendit. C'était un petit gentleman, dont les cheveux noirs et roides étaient taillés en hérisson, ou si l'on aime mieux en brosse, et se tenaient tout droits sur sa tête. Son aspect était pompeux et menaçant; ses manières péremptoires, ses yeux perçants et inquiets; toute sa tournure, enfin, annonçait le sentiment d'une grande confiance en soi-même, et la conscience d'une incommensurable supériorité sur tout le reste du monde.

Ce gentleman fut introduit dans la chambre, originairement assignée au patriote M. Pott, et le garçon remarqua, avec un muet étonnement, que la chandelle était à peine allumée quand l'étranger, plongeant la main dans son chapeau, en tira un journal, et commença à le lire avec la morne expression d'indignation et de mépris, qui avait jailli une heure auparavant du regard majestueux de M. Pott. Il se rappela aussi que l'indignation de M. Pott avait été allumée par un journal nommé l'Indépendant d'Eatanswill, tandis que le profond mépris du nouveau gentleman était excité par une feuille intitulée: La gazette d'Eatanswill.

«Envoyez-moi le maître de l'hôtel, dit l'étranger.

—Oui, monsieur.»

L'hôte arriva bientôt après.

«Êtes-vous le maître de l'hôtel? demanda l'étranger.

—Oui, monsieur.