Tandis qu'il était ainsi occupé, une cuisinière grassouillette, vêtue de deuil, et qui, depuis quelques instants, avait l'air ranger le comptoir, se glissa dans la chambre, et, accordant à Sam plusieurs sourires de reconnaissance, se plaça silencieusement derrière la chaise de M. Weller, auquel elle annonça sa présence par une légère toux, répétée bientôt après sur un ton beaucoup plus élevé.
«Ohé! dit M. Weller en reculant précipitamment sa chaise et en se retournant si vite qu'il laissa tomber le fourgon, qu'est-ce qu'il y a maintenant?
—Prenez une petite tasse de thé, mon bon monsieur Weller dit d'une voix câline la cuisinière grassouillette.
—Je n'en veux pas, répliqua brusquement le cocher. Allez vous-en à tous.... Allez vous promener, dit-il en sa reprenant et d'un ton plus bas.
—Voyez donc comme le malheur change le monde! s'écria la dame en levant les yeux au ciel.
—Ça ne me fera pas changer d'état au moins, murmura M. Weller.
—Réellement, je n'ai jamais vu un homme de si mauvaise humeur!
—Ne vous inquiétez pas; c'est pour mon bien, comme disait l'écolier pour se consoler quand on lui donnait le fouet.»
La dame potelée hocha la tête d'un air plein de sympathie, et s'adressant à Sam, lui demanda s'il ne pensait pas que son père devrait faire un effort pour se remonter et ne pas céder à son abattement.
«Voyez-vous, monsieur Samuel, poursuivit-elle, c'est ce que je lui disais avant z'hier. I'sentira qu'il est bien seul. Ça ne se peut pas autrement, monsieur; mais il devrait tâcher de prendre courage, car je suis sûre que nous le plaignons bien et que nous sommes prêtes à faire ce que nous pourrons pour le consoler. Il n'y a point dans la vie de situation si malheureuse qu'on ne puisse l'amender, et c'est ce qu'une personne très-digne me disait quand mon mari est mort.»