Perker toussa violemment et demanda à M. Pickwick s'il ne voulait pas jeter un coup d'œil sur le journal; mais celui-ci répondit par la négative la plus décidée.

«Effectivement, reprit Dodson, je parierais que vous avez été tourmenté dans la prison. Il y a là de drôles de gens. Où était votre appartement, monsieur Pickwick?

—Mon unique chambre était à l'étage du café.

—Oh! en vérité! C'est, je pense, la partie la plus agréable de l'établissement.

—Très-agréable,» répliqua sèchement M. Pickwick.

Le sang-froid de ce misérable était bien fait pour exaspérer une personne d'un tempérament irritable. M. Pickwick restreignit sa colère par des efforts gigantesques; mais quand Perker eut écrit un mandat pour le montant de la somme, et lorsque Fogg le déposa dans son portefeuille avec un sourire triomphant, qui se communiqua également à la contenance de Dodson, il sentit que son sang montait dans ses joues en bouillonnant d'indignation.

«Allons, monsieur Dodson, dit Fogg en empochant son portefeuille et en mettant ses gants, je suis à vos ordres.

—Très-bien, répondit Dodson en se levant; je suis aux vôtres.

—Je me trouve très-heureux, reprit Fogg, adouci par le mandat qu'il avait empoché, je me trouve très-heureux d'avoir eu le plaisir de faire la connaissance de monsieur Pickwick. J'espère, monsieur, que vous n'avez plus aussi mauvaise opinion de nous, que la première fois où nous avons eu le plaisir de vous rencontrer.

—J'espère que non, ajoute Dodson avec le ton d'élévation d'une vertu calomniée. Vous nous connaissez mieux maintenant monsieur Pickwick; mais quelle que puisse être votre opinion des gentlemen de notre profession, je vous prie de croire, monsieur, que je ne conserve pas de rancune contre vous, pour les sentiments qu'il vous a plu d'exprimer dans notre bureau de Freeman's Court Cornhill, lors de la circonstance à laquelle mon associé vient de faire allusion.