La première chose qu'elle fit, comme de raison, quand elle revint à elle-même et qu'elle considéra le grand émoi où elle venait d'être, ce fut de repleurer de nouveau, et la seconde, lorsqu'elle réfléchit au succès de sa résistance, ce fut de rire de tout son coeur. Les larmes une bonne fois bannies cédèrent la place aux sourires et Dolly finit par rire tant, mais tant, qu'il lui fallut s'appuyer contre un arbre et donner carrière à ses transports. Quand elle ne put pas rire davantage, et qu'elle en fut tout à fait fatiguée, elle rajusta sa coiffure, sécha ses yeux, regarda derrière elle avec une joie bien vive et bien triomphante les cheminées de la Garenne qui allaient bientôt disparaître à sa vue, et poursuivit sa route.

Le crépuscule était survenu, et l'obscurité augmentait d'une manière rapide dans la campagne; mais Dolly était si familiarisée avec le sentier, pour l'avoir traversé bien souvent, qu'elle s'apercevait à peine de la brune, et n'éprouvait aucun malaise d'être seule. D'ailleurs, il y avait le bracelet à admirer; et quand elle l'eut bien frotté et se le fut offert en perspective au bout de son bras étendu, il étincelait et reluisait si magnifiquement à son poignet, que le contempler dans tous les points de vue, et en tournant le bras de toutes les façons possibles, était devenu une occupation tout à fait absorbante. Il y avait la lettre, aussi, et qui lui semblait si mystérieuse, si rusée, quand elle la tira de sa poche, et qui contenait tant d'écriture sur ses pages, que de la tourner, et retourner, en se demandant de quelle manière elle commençait, de quelle manière elle finissait, et ce qu'elle disait tout du long, cela devint un autre sujet d'occupation continuelle. Entre le bracelet et la lettre, il y eut bien assez à faire sans penser à autre chose; et, en les admirant tour à tour, Dolly chemina gaiement.

Comme elle passait par une porte d'échalier[21], là où le sentier était étroit et flanqué de deux haies garnies d'arbres de place en place, elle entendit tout près d'elle un frôlement qui la fit s'arrêter soudain. Elle écouta. Tout était tranquille, et elle poursuivit sa route, non pas absolument avec frayeur, mais avec un peu plus de vitesse qu'avant peut-être; il est possible aussi qu'elle fût un peu moins à son aise, car une alerte de ce genre est toujours saisissante.

Elle n'eut pas sitôt repris sa marche, qu'elle entendit le même son, semblable au bruit d'une personne qui se glisserait à pas de loup le long des buissons et des broussailles. Regardant du côté d'où ce bruit paraissait venir, elle s'imagina presque pouvoir distinguer une forme rampante. Elle s'arrêta derechef. Tout était tranquille comme avant. Elle se remit en marche, décidément plus vite cette fois, et elle essaya da chanter doucement à part elle. Bon! encore! il fallait donc que ce fût le vent.

Mais comment arrivait-il que le vent soufflât seulement lorsqu'elle marchait, et qu'il cessât de souffler lorsqu'elle restait immobile? Elle s'arrêta sans le vouloir en faisant cette réflexion, et le frôlement s'arrêta également. Elle ressentait en réalité de la frayeur à présent, et elle hésitait encore sur ce qu'elle devait faire, quand des branches craquèrent, se cassèrent, et un homme plongeant au travers vint se planter en face d'elle et tout près d'elle.

CHAPITRE XXI.

Ce fut pour Dolly un soulagement inexprimable lorsqu'elle reconnut en la personne qui avait pénétré de force dans le sentier d'une façon si soudaine, et qui maintenant se trouvait debout précisément sur son passage, Hugh du Maypole; elle proféra son nom d'un accent de délicieuse surprise, d'un accent sorti du coeur.

«C'était vous? dit-elle. Que je suis heureuse de vous voir!
Comment pouviez-vous m'effrayer ainsi?»

En réponse à cela, il ne dit rien du tout, mais resta parfaitement immobile à la regarder.

«Est-ce que vous êtes venu à ma rencontre?» demanda Dolly.