— Ne vous en excusez pas, monsieur, je vous prie. Et maintenant, s'il vous plaît, à notre affaire.»

Durant tout le cours de ce dialogue, M. Chester n'avait rien laissé paraître sur sa figure que son sourire de sérénité et de politesse inaltérable. Sim Tappertit, qui avait de lui-même une opinion beaucoup trop bonne pour soupçonner que n'importe qui pût s'amuser à ses dépens, s'imagina reconnaître là quelque chose du respect qui lui était dû, et fit de cette conduite courtoise d'un étranger à son égard une comparaison qui n'était point du tout favorable à celle du digne serrurier, son patron.

— D'après ce qui se passe chez nous, dit M. Tappertit, je suis instruit, monsieur, d'un commerce que votre fils entretient avec une jeune demoiselle contre vos inclinations. Votre fils ne s'est pas bien conduit avec moi, monsieur.

«Monsieur Tappertit, dit l'autre, vous me peinez au delà de toute expression.

— Je vous remercie, monsieur, répliqua l'apprenti. Je suis aise de vous entendre parler ainsi. Il est très fier, monsieur votre fils, très hautain.

— J'en ai peur, dit M. Chester. Savez-vous que je le craignais un peu déjà? mais votre témoignage ne me permet plus d'en douter.

— Raconter les corvées serviles que j'ai eu à faire pour votre fils, monsieur, dit M. Tappertit; les chaises que j'ai eu à lui donner, les voitures que j'ai eu à aller lui chercher, les nombreuses besognes dégradantes, et sans la moindre connexion avec mon contrat d'apprentissage, que j'ai eu à subir pour lui, remplirait une Bible de famille. D'ailleurs, monsieur, ce n'est lui-même au bout du compte qu'un jeune homme, et je ne considère pas: «Merci, Sim» comme une formule convenable de politesse en ces occasions.

— Monsieur Tappertit, vous avez une sagesse au-dessus de votre âge. Continuez, je vous prie.

— Je vous remercie de votre bonne opinion, monsieur, dit Sim, très flatté, et je tâcherai de la justifier. Maintenant, monsieur, à cause de ce grief (et peut-être encore pour une ou deux raisons qu'il est inutile de vous déduire), je suis de votre côté. Et voici ce que je vous dis: tant que nos gens iront et viendront, çà et là, en long et en large, à ce vieux joyeux Maypole là-bas, avec des lettres, des commissions mille choses qu'on porte, qu'on va chercher, vous ne sauriez empêcher votre fils d'entretenir commerce avec cette jeune demoiselle par délégué, quand tous les Horse-Guards[24] le surveilleraient nuit et jour, en grand uniforme, depuis le premier jusqu'au dernier.»

M. Tappertit s'arrêta pour prendre haleine après cette hypothèse; puis il reprit son élan.