«Si ça peut réconforter quelqu'un, qu'il en profite; si c'est inutile, j'en suis fâché pour lui. S'il plaît à l'un de vous deux de sortir et d'aller voir ce qui en est, vous le pouvez, messieurs. Je ne suis pas curieux pour ma part.»
Tandis qu'il parlait, le cri se rapprocha, se rapprocha, un bruit de pas se fit entendre sous la fenêtre, le loquet de la porte fut levé, elle s'ouvrit; on la referma violemment, et Salomon Daisy, avec sa lanterne allumée à la main et ses habits en désordre et ruisselants de pluie, se précipita dans la salle.
Il serait difficile d'imaginer une peinture plus exacte de la terreur que celle que présentait le petit bonhomme. Sa transpiration formait des perles sur sa figure, ses genoux claquaient l'un contre l'autre, chacun de ses membres tremblait, il avait perdu tout pouvoir d'articuler des mots; il était là debout, haletant, fixant sur eux des regards si livides, si plombés, qu'ils furent infectés de son effroi, bien qu'ils en ignorassent la cause, et que, reflétant son visage terrifié, frappé d'horreur, ils reculèrent ébahis, sans se risquer à lui faire la moindre question. Enfin le vieux John Willet, dans un accès de délire momentané, se jeta sur sa cravate, et, le saisissant par cette partie de son costume, le secoua de çà et de là, si bien que ses dents lui en claquaient dans la tête.
«Dites-nous tout de suite ce que vous avez, monsieur, cria John, ou je vous tue. Dites-nous ce que vous avez, ou je vous plonge à l'instant la tête dans le chaudron. Comment osez-vous prendre cet air-là? Y a-t-il quelqu'un qui vous poursuive? Dites quelque chose, ou je vous extermine, oui, je vous extermine.»
M. Willet, dans sa frénésie, fut si près de tenir sa parole à la lettre, car Salomon Daisy commençait déjà à rouler ses yeux d'une manière alarmante, et certains sons rauques, semblables à ceux d'un homme qui suffoque, sortaient déjà de sa gorge, que les deux spectateurs, qui avaient un peu recouvré leurs sens, lui arrachèrent de force sa victime, et placèrent le petit sacristain de Chigwell sur une chaise. Celui-ci, jetant un regard d'épouvanté autour de la salle, les supplia d'une voix faible de lui donner quelque chose à boire; et surtout de fermer à clef la porte de la maison, et de mettre les barres aux volets, sans perdre un moment. La dernière requête n'était pas propre à rassurer ses auditeurs, ni à les remplir des sensations les plus réconfortantes. Ils firent néanmoins ce qu'il demandait, avec toute la célérité possible; et, après lui avoir servi une rasade de grog presque bouillant, ils attendirent le récit de ce qu'il pouvait avoir à leur apprendre.
«Ô Johnny, dit Salomon en le secouant par la main. Ô Parkes! Ô Tommy Cobb! pourquoi ai-je quitté l'auberge ce soir? le dix-neuf mars! le jour le plus terrible de l'année, le dix-neuf mars!»
Ils se rapprochèrent tous du feu. Parkes, qui était le plus près de la porte, tressaillit et regarda par-dessus son épaule. M. Willet, avec une grande indignation, demanda ce que diable il voulait dire par là; puis il dit: «Dieu me pardonne!» lança un coup d'oeil de mépris par-dessus son épaule, et se rapprocha de l'âtre tant soit peu.
«Lorsque je vous laissai ici ce soir, dit Salomon Daisy, je ne songeais guère au quantième. Je n'étais jamais allé seul dans l'église après la brune, à pareil jour, depuis vingt-sept ans: car j'ai entendu dire que, comme nous fêtons nos anniversaires de naissance durant notre vie, les fantômes des morts qui sont mal à leur aise dans leurs tombeaux, fêtent l'anniversaire de leur décès… Comme le vent rugit!»
Personne ne dit mot. Tous les yeux étaient fixés sur Salomon.
«J'aurais dû reconnaître la date, ainsi que ce temps exécrable. Il n'y a pas dans tout le cours de l'année une nuit pareille à cette nuit, il n'y en a pas. Jamais je ne dors tranquille dans mon lit le dix-neuf mars.