Hugh, qui avait atteint déjà la tourelle, cessa d'agiter le falot et monta le premier, se tournant de temps en temps pour répandre en bas sa lumière sur les degrés. M. Haredale venait après lui, et observait son visage sombre d'un oeil peu favorable; Hugh répondait d'en haut à cet examen en lui rendant avec usure ses regards antipathiques, tandis que tous trois gravissaient l'escalier en spirale.

L'ascension eut pour terme une petite antichambre attenant à la pièce où les nouveaux venus avaient vu de la lumière. M. Haredale entra le premier, les mena à travers cette pièce jusqu'à celle du fond, et là, s'assit à un bureau d'où il s'était levé lorsqu'on avait tiré la sonnette.

«Entrez, dit-il en faisant signe au vieux John, qui restait à la porte et s'inclinait. Pas vous, l'ami, ajouta-t-il avec précipitation en s'adressant à Hugh, qui entrait comme son maître. Willet, pourquoi amenez-vous ici ce garçon?

— Eh mais, monsieur, répondit John, haussant les sourcils et abaissant la voix au diapason de la demande qui lui était faite, c'est un camarade solide, comme vous voyez, pour tenir compagnie la nuit.

— Ne vous y fiez pas trop, dit M. Haredale en portant ses yeux vers Hugh. Moi, je n'y aurais pas confiance. Il a l'oeil mauvais.

— Il n'y a pas beaucoup d'imagination dans son oeil, répliqua M. Willet en lançant un regard par-dessus son épaule à l'organe en question; ça, c'est certain.

— Il n'y a rien de bon, soyez-en sûr, dit M. Haredale. Attendez dans la petite pièce, l'ami, et fermez la porte entre nous.»

Hugh haussa les épaules, et, d'un air dédaigneux qui montrait ou qu'il avait entendu de loin, ou qu'il devinait le sens de leur chuchotement mystérieux, fit ce qu'on lui commandait. Lorsqu'il se fut séparé d'eux en fermant la porte, M. Haredale se tourna vers John, et l'invita à dire ce qu'il voulait lui communiquer, mais à ne pas le dire trop haut, parce qu'il y avait de fines oreilles de l'autre côté.

Ainsi dûment averti, M. Willet raconta tout bas, tout bas, ce qu'il avait entendu dire, ce qu'il avait dit lui-même pendant la soirée; appuyant particulièrement sur sa sagacité personnelle, sur son grand respect pour la famille, et sur sa sollicitude pour la paix de leur esprit et leur bonheur. L'histoire émut son auditeur beaucoup plus que John ne s'y était attendu. M. Haredale changea souvent d'attitude, se leva, marcha dans la chambre, revint s'asseoir, le pria de répéter, aussi exactement que possible, les propres mots dont s'était servi Salomon, et donna tant d'autres signes de trouble et de malaise, que M. Willet lui-même en fut surpris.

«Vous avez bien fait, dit-il en finissant cette longue conversation, de les engager à tenir secrète une pareille histoire. C'est une folle imagination, née dans le faible cerveau d'un homme nourri de craintes superstitieuses. Mais Mlle Haredale, malgré tout, serait troublée par ce conte, s'il arrivait à ses oreilles; cela se rattache de trop près à un sujet qui nous navre tous, pour qu'elle en entendît parler avec indifférence. Vous avez été très prudent, et je vous ai une extrême obligation. Je vous en remercie beaucoup.»