— Il n'y a personne chez vous, à ce qu'il paraît, répondit M. Haredale; je désire d'ailleurs que nous ayons un entretien aussi particulier que possible.

— Hum! marmotta le serrurier en jetant un regard autour de la maison. Parties avec Simon Tappertit, sans doute pour aller à cette précieuse succursale!»

M. Haredale l'invita à monter dans la voiture, et, s'il n'était pas fatigué ou trop pressé de rentrer au logis, à faire une petite promenade avec lui pour pouvoir causer un peu ensemble. Gabriel y consentit avec plaisir, et le cocher, montant sur son siège, lança les chevaux.

«Varden, dit M. Haredale après une pause d'une minute, vous serez stupéfait en apprenant la mission dont je me suis chargé; elle vous paraîtra bien étrange.

— Je ne doute pas qu'elle ne soit raisonnable, monsieur, et fort sensée, répliqua le serrurier; sans cela, vous ne vous en seriez pas chargé. Ne faites-vous que de revenir à la ville, monsieur?

— Il n'y a qu'une demi-heure que je suis à Londres.

— Vous n'apportez pas de nouvelles de Barnabé ni de sa mère? dit le serrurier d'un air inquiet. Ah! vous n'avez pas besoin de secouer la tête, monsieur. C'était une chasse aux oies sauvages. Je m'en suis bien douté dès l'origine. Vous aviez épuisé tous les moyens raisonnables de les découvrir lorsqu'ils sont partis. Et, après un si long temps, il n'y avait guère d'espérance de recommencer vos recherches avec succès.

— Mais où sont-ils? répliqua M. Haredale avec impatience Où peuvent-ils être? Ils ne peuvent pas être sous terre.

— Dieu le sait, répondit le serrurier. Il y en a plus d'un, que j'ai connus il y a cinq ans encore, qui sont couchés maintenant sous le gazon. Et le monde est si grandi. C'est une tentative sans espoir, monsieur, croyez-moi. Nous devons laisser la découverte de ce mystère, ainsi que de tous les autres, au temps, au hasard, au bon plaisir du ciel.

— Varden, mon excellent garçon, dit M. Haredale, j'ai, dans mon anxiété présente, une envie démesurée de poursuivre mes recherches. Ce n'est pas un pur caprice; ce ne sont pas mes anciens souhaits, mes anciens désirs accidentellement réveillés; c'est un dessein ardent, solennel. Toutes mes pensées, tous mes rêves, tendent à le fixer davantage en mon esprit. Je n'ai de repos ni jour ni nuit; ni paix ni trêve; je suis obsédé.»