Mais la lune vint tout doucement dans sa gloire modeste, et les étoiles se montrèrent à travers le petit espace de la fenêtre grillée, comme, à travers l'étroite brèche d'une bonne action, dans une sombre vie de crime, la face du ciel rayonne pleine d'éclat et de miséricorde. Il leva la tête, regarda en l'air ce ciel tranquille qui avait l'air de sourire à la terre affligée, comme si la nuit, plus compatissante que le jour, abaissait des regards de pitié sur les souffrances et les fautes des hommes, et qu'elle voulût insinuer sa paix au fond du coeur de Barnabé. Un pauvre idiot comme lui, emprisonné dans son étroite cellule, se sentait élevé aussi près de Dieu, en contemplant cette clarté si douce, que l'homme le plus libre et le plus heureux de toute cette vaste cité; et dans sa prière, qu'il ne se rappelait pas bien, dans le bout d'hymne, souvenir de son enfance, qu'il se chantonnait pour se bercer avant de s'endormir, il y avait un souffle aussi pur pour monter vers le ciel que dans toutes les homélies du monde, et dans l'écho des voûtes des plus vieilles cathédrales.
Sa mère, en traversant une cour pour sortir, vit, à travers une porte grillée qui donnait sur une autre cour, son mari, marchant autour de l'enceinte, les mains croisées sur sa poitrine et la tête penchée. Elle demanda à l'homme qui la conduisait si elle ne pourrait pas dire un mot au prisonnier. Il y consentit, mais en lui recommandant de se dépêcher, parce qu'il allait fermer pour la nuit, et il n'avait plus qu'une ou deux minutes à lui. En même temps, il ouvrit la porte et lui dit d'entrer.
La porte, en tournant, grinça bien fort sur ses gonds; mais lui, il était sourd au bruit, et continuait sa promenade circulaire dans la petite cour, sans lever la tête ni changer d'attitude le moins du monde. Elle lui parla; mais sa voix était si faible qu'elle ne pouvait se faire entendre. Enfin, elle alla au-devant de ses pas, et, quand il vint, elle étendit la main et le toucha.
Il tressaillit et recula d'un pas, tremblant des pieds à la tête; mais en voyant qui c'était, il lui demanda ce qu'elle venait faire là. Sans attendre sa réponse:
«Voyons! dit-il, venez-vous me rendre la vie ou me l'ôter? m'assassiner aussi, ou me sauver?
— Mon fils… notre fils, répondit-elle, est dans cette prison.
— Qu'est-ce que ça me fait? cria-t-il en frappant du pied avec impatience le pavé de la cour. Je sais bien cela. Il ne peut pas plus m'aider que je ne puis l'aider. Si vous êtes venue pour me parler de lui, vous pouvez vous en aller.»
En même temps il reprit sa promenade, et se mit à faire son tour dans la cour comme auparavant, d'un pas précipité. Quand il la retrouva où il l'avait laissée, il s'arrêta pour lui dire:
«Venez-vous me rendre la vie ou me l'ôter? Vous repentez-vous?
— Oh! c'est à vous qu'il faut demander ça, répondit-elle. Voulez- vous vous repentir, pendant qu'il en est temps encore? Quant à vous sauver, croyez bien que je n'en aurais pas le pouvoir, quand j'en aurais le courage.