— Hum! dit Dennis à voix basse et fort alarmé. Il y a de quoi!
Fermez cette porte.

— C'est ce que je vais faire, quand vous serez entré.

— Mais je n'entrerai pas du tout. Je ne veux pas qu'on m'enferme avec cet homme-là. Est-ce que vous avez envie de me faire étrangler, camarade?»

Le geôlier n'avait pas l'air d'avoir la moindre envie pour ou contre; mais lui faisant observer en deux mots qu'il avait sa consigne, et qu'il voulait l'exécuter, il ferma la porte par- dessus lui, tourna la clef et se retira.

Dennis se tenait tout tremblant le dos contre la porte, et levant le bras par un mouvement involontaire pour se mettre en défense, les yeux fixés sur un homme, le seul locataire pour le moment du cachot, qui était étendu tout de son long sur un banc de pierre, et qui venait de suspendre sa respiration comme s'il était en train de se réveiller. Cependant il se roula sur le côté, laissa pendre son bras négligemment poussa un long soupir et, murmurant quelques mots inintelligibles, retomba aussitôt dans le sommeil.

Légèrement rassuré par ce répit, le bourreau détourna un moment les yeux de son compagnon endormi, et jeta un coup d'oeil autour du cachot pour voir s'il ne trouverait pas quelque endroit favorable ou quelque arme propice pour se défendre. Il n'y avait pas d'autre meuble qu'une mauvaise table, qu'on ne pouvait déranger sans faire du bruit, et une lourde chaise. Il se glissa sur la pointe du pied vers ce dernier article de mobilier, l'emporta dans le coin le plus reculé, et le mettant devant lui pour s'en faire un rempart, il surveilla de là les mouvements de l'ennemi avec la plus grande vigilance et une extrême défiance.

L'homme qui dormait là, c'était Hugh. Et naturellement Dennis devait se trouver dans un état d'attente assez pénible, et souhaiter à part lui que l'autre ne se réveillât jamais. Fatigué de rester debout, il s'accroupit dans son coin au bout de quelque temps, et finit par s'asseoir sur le pavé glacé. Cependant, quoique la respiration de Hugh annonçât toujours qu'il dormait d'un bon somme, il ne pouvait se résoudre à le quitter des yeux un instant. Il en avait si grand'peur, il redoutait tellement un assaut subit de sa part, que, non content d'observer ses yeux fermés au travers des barreaux de la chaise, il se levait en tapinois de temps en temps sur ses pieds pour le regarder, le cou tendu, et s'assurer qu'il était réellement bien endormi, et qu'il n'allait pas profiter d'un moment de surprise pour s'élancer sur lui.

Hugh dormit si longtemps et si profondément, que M. Dennis commença à croire qu'il ne se réveillerait pas avant la visite du porte-clefs. Déjà il se félicitait de cette supposition flatteuse, et bénissait son étoile avec ferveur, quand il se manifesta deux ou trois symptômes assez peu rassurants, comme par exemple un nouveau mouvement du bras, un nouveau soupir, une agitation incessante de la tête; puis, juste au moment où le dormeur allait tomber lourdement à bas de ce lit étroit, les yeux de Hugh s'ouvrirent.

Le hasard voulut que sa figure se trouvât précisément tournée du côté de son visiteur inattendu, il le regarda bien une douzaine de secondes tranquillement, sans avoir l'air d'être surpris ni de le reconnaître. Puis tout à coup il fit un bond et prononça son nom avec un gros juron.

«N'approchez pas, camarade, n'approchez pas, cria Dennis, se cachant derrière la chaise, ne me touchez pas. Je suis prisonnier comme vous. Je n'ai pas la liberté de mes membres. Je ne suis qu'un pauvre vieux. Ne me faites pas de mal.»