M. Dennis fit la grimace à cette partie de plan qu'on lui communiquait; en principe général, il ne voulait pas entendre parler de femmes. C'étaient des créatures si peu sûres et si glissantes, qu'il n'y avait pas à y faire le moindre fond, et qu'on ne les trouvait jamais du même avis, vingt-quatre heures durant. Il en avait encore bien plus long à dire là-dessus; mais il préféra demander à Hugh le rapport qu'il pouvait y avoir entre l'expédition proposée et la faction de Barnabé, posé en sentinelle à la porte de l'écurie. Voici ce que son camarade lui répondit avec mystère:

«Voyez-vous, les gens à qui nous avons envie de rendre visite étaient de ses amis, il n'y a pas bien longtemps, et, du caractère que je lui connais, je suis sûr et certain que, s'il croyait que nous allions leur faire du mal, bien loin de nous aider, il se tournerait contre nous. C'est pour cela que je lui ai persuadé (je le connais de longue main) que lord Georges l'a choisi de préférence pour garder ici la place demain en notre absence, et que c'est un grand honneur pour lui. Voilà pourquoi il monte en ce moment la garde, fier comme un Artaban. Ha! ha! Qu'en dites-vous? Si je suis un démon, je ne suis toujours pas un étourdi.»

M. Dennis se confondit en compliments et ajouta:

«Mais pour ce qui concerne l'expédition elle-même?

— Quant à ça, dit Hugh, vous en connaîtrez tous les détails de la bouche du grand capitaine, et de la mienne, ensemble ou séparément; car justement le voilà qui s'éveille. Allons! sus! Coeur de Lion! Ha! ha! Bon courage, et buvez encore un petit coup. Encore du poil de la chienne qui vous a mordu, capitaine! Demandez à boire au garçon. J'ai là sous mon lit assez de tasses et de chandeliers d'or et d'argent pour payer votre écot, capitaine, quand vous boiriez le vin à tonneaux.» Et en même temps, dérangeant la paille, il montrait une place où la terre avait été fraîchement remuée.

M. Tappertit reçut de très mauvaise grâce ces encouragements joyeux; deux nuits de ribote ne l'avaient pas accommodé: son esprit n'était guère moins fatigué que son corps, qui ne pouvait seulement pas se tenir sur ses jambes. Cependant avec l'assistance de Hugh il parvint à gagner, en chancelant, la pompe où il se rafraîchit la gorge d'un bon verre d'eau fraîche, et la tête et la figure d'une bonne douche de liquide à la glace, avant de commander un grog au lait et au rhum. Grâce à cet innocent breuvage, accompagné de biscuits et de fromage, il se réconforta l'âme. Cela fait, il se mit à son aise, par terre entre ses deux compagnons, qui ne s'étaient pas épargnés à boire de leur côté et, se mit en devoir d'éclairer M. Dennis sur les détails du projet annoncé pour le lendemain.

Leur conversation fut assez longue et leur attention assez soutenue pour qu'on pût voir l'intérêt manifeste qu'ils prenaient au sujet. Il fallait aussi qu'il ne fût pas toujours d'un caractère bien attristant, ou qu'il fût du moins enjolivé par des scènes plaisantes, car ils riaient souvent à gorge déployée, jusqu'à faire sauter Barnabé sous les armes, tout scandalisé de leur légèreté. Cependant ils ne l'inviteront pas à venir les rejoindre, avant qu'ils eussent bien bu, bien mangé et fait un bon somme pendant plusieurs heures: c'est-à-dire pas avant le crépuscule. Ils l'informèrent alors qu'ils allaient faire une petite démonstration dans les rues, seulement pour unir les gens en éveil, parce que c'était dimanche soir, et qu'il fallait bien au public un peu de divertissement; qu'il était libre de les accompagner s'il voulait.

Sans autres préparatifs, si ce n'est qu'ils emportèrent des gourdins et mirent à leur chapeau une cocarde bleue, ils commencèrent à battre les rues; et, sans autre dessein prémédité que de faire tout le mal qu'ils pourraient, ils les parcoururent au hasard. Bientôt leur nombre s'étant accru, ils se divisèrent en deux bandes, et, après s'être donné rendez-vous dans les champs voisins de Welbeck-Street, ils traversèrent la ville dans toutes les directions. Le corps le plus considérable, celui qui s'augmenta avec la plus grande rapidité, était celui dont Hugh et Barnabé faisaient partie. Celui-là prit son chemin du côté de Moorfield, où il y avait une riche chapelle à l'usage de quelques familles catholiques bien connues qui habitaient dans le voisinage.

Pour commencer, ils s'attaquèrent aux résidences de ces familles, dont ils brisèrent les portes et les fenêtres. Ils détruisirent le mobilier, ne laissant que les quatre murs, emportant avec soin, pour leur usage, tous les outils et les engins de destruction qu'ils rencontrèrent, tels que marteaux, fourgons, haches, soies, et autres instruments de ce genre. Un grand nombre d'émeutiers les passaient dans des ceinturons qu'ils se faisaient avec une corde, un mouchoir, ou tout ce qu'ils trouvaient de bon pour cela sous leurs mains; et ils portaient ces armes improvisées aussi ostensiblement qu'un sapeur du génie qui va déblayer le champ de bataille. Pas le moindre déguisement, pas la moindre dissimulation, et même, ce soir-là, très peu d'excitation et de désordre. Dans les chapelles, ils arrachèrent et emportèrent jusqu'à la pierre de l'autel, les bancs, les chaires, les chaises, les dalles mêmes; dans les maisons particulières, ils mirent en pièces jusqu'aux lambris et jusqu'aux escaliers. Cette petite fête du dimanche fut par eux accomplie comme une tâche qu'ils s'étaient donnée et qu'ils voulaient faire en conscience. Il n'aurait pas fallu cinquante hommes bien résolus pour leur faire tourner le dos. Une simple compagnie de soldats les aurait dispersés comme la paille au vent; mais il n'y avait personne pour les empêcher, pas d'autorité pour les réprimer, ou, pour mieux dire, n'était la terreur des victimes qui fuyaient à leur approche, personne ne faisait à eux plus d'attention que si c'étaient des ouvriers à la tâche, faisant leur travail régulier et légal avec beaucoup de décence et de tenue.

Ils marchèrent de même, avec ordre, au lieu du rendez-vous, allumèrent de grands feux dans les champs, et, gardant seulement ce qu'il y avait de plus précieux dans leur butin, ils brûlèrent le reste. Les ornements sacerdotaux, les images des saints, de riches étoffes et de belles broderies, la garniture de l'autel et le trésor de la sacristie, tout devint la proie des flammes, qui bientôt éclairèrent le pays alentour. Pendant ce temps-là ils dansaient, ils hurlaient, ils vociféraient autour de ces feux jusqu'à s'en rendre malades, sans être un seul moment troublés par personne dans ces exercices édifiants.