— Ainsi, parce qu'un homme s'habille autrement que les autres, répliqua son maître avec colère, en jetant un coup d'oeil sur son propre habillement; parce qu'il n'est pas dans son port et dans ses manières exactement comme les autres, et qu'il épouse avec chaleur une cause qu'abandonnent les gens corrompus et irréligieux, c'est une raison pour qu'il soit fou, à votre avis?
— Un vrai fou, tout ce qu'il y a de plus fou, un fou à lier, repartit l'inébranlable John.
— Comment osez-vous me dire cela en face? cria son maître en se tournant vivement de son côté.
— Je le dirais à n'importe qui, s'il me faisait la même question.
— Je vois, dit lord Georges, que M. Gashford avait raison. Je croyais que c'était un effet de ses préventions, et je me le reproche; j'aurais bien dû savoir qu'un homme comme lui était au- dessus de cela.
— Je sais bien que M. Gashford ne parlera jamais en bien de moi, répliqua John en touchant respectueusement son chapeau, et je n'y tiens pas.
— Vous êtes une mauvaise tête, un ingrat, dit lord Georges, un mouchard, peut-être. M. Gashford a parfaitement raison, j'en ai la preuve. J'ai tort de vous garder à mon service. C'est une insulte indirecte que j'ai faite à un ami digne de mon affection et de toute ma confiance, quand je songe à la cause pour laquelle vous avez pris parti, le jour où on l'a maltraité à Westminster. Vous quitterez ma maison dès ce soir… ou plutôt dès notre retour. Le plus tôt sera le mieux.
— Puisqu'il faut en venir là, je suis de votre avis, milord. Que M. Gashford triomphe, à la bonne heure! Mais, quant à me traiter de mouchard, milord, vous savez bien que vous ne le croyez pas. Je ne sais pas ce que vous entendez par vos causes; mais la cause pour laquelle j'ai pris parti, c'est celle d'un homme que je voyais contre deux cents, et je vous avoue que je me rangerai toujours du côté de cette cause-là.
— En voilà assez, répondit lord Georges en lui faisant signe de retourner à sa place. Je ne veux pas en entendre davantage.
— Si vous voulez me permettre d'ajouter un mot, milord, je voudrais donner un bon avis à ce pauvre imbécile: c'est de ne pas rester ici tout seul. La proclamation a déjà circulé dans beaucoup de mains, et tout le monde sait qu'il est intéressé dans l'affaire. Il fera bien, le pauvre malheureux, de se cacher en lieu sûr.