— Moi, camarade, dit Dennis, ôtant son chapeau pour chercher quelque chose, si ça peut vous aller; j'ai là dedans un bout de pâté de venaison.
— Bon, cria Hugh en s'asseyant sur le chemin. Aboule, et dépêchons; qu'on m'éclaire et qu'on m'entoure. Je veux faire mon gala en grande cérémonie, mes gars, ha! ha! ha!»
Ils n'avaient pas besoin d'être excités davantage à partager ses dispositions tapageuses; ils avaient tous bu plus que de raison, et il n'y en avait pas un qui eût la tête plus saine que lui dans tous ceux qui vinrent se grouper autour de lui. Il y en avait deux qui lui tenaient une torche de chaque côté pour illuminer son grand couvert. M. Dennis qui, pendant ce temps-là, était parvenu à aveindre dans le fond de son chapeau un gros morceau de pâté, si serré dans la forme que ce n'était pas une petite affaire de l'en extraire, le servit devant Hugh. Celui-ci emprunta à un honorable membre de la société un eustache ébréché, et se mit vigoureusement à l'ouvrage.
«Dites donc, frère, lui cria Dennis après quelques moments, si vous m'en croyez, vous ferez bien d'avaler tous les jours un petit incendie comme cela une heure avant votre dîner, pour vous ouvrir l'appétit: c'est étonnant comme ça vous réussit.»
Hugh le regarda, ainsi que les figures noircies dont il était entouré, et, arrêtant un moment l'exercice de ses mâchoires pour faire voltiger son couteau au-dessus de sa tête, il répondit par un grand éclat de rire.
«Tenez-vous tranquille, hein, si vous voulez bien, dit Simon
Tappertit.
— Ah! voilà-t-il pas, noble officier, qu'il ne sera plus permis de se régaler à présent! répliqua Hugh, en écartant avec son couteau les gens qui l'empêchaient de voir le capitaine… Il ne sera donc plus permis de se régaler un brin, après avoir travaillé comme j'ai fait? En voilà un capitaine mal commode! Diable de capitaine! Ce n'est pas un capitaine, c'est un tyran. Hal ha! ha!
— Je voudrais qu'il y eût là un camarade qui tînt constamment une bouteille à la bouche du lieutenant pour l'empêcher de crier; du moins nous n'aurions pas à craindre de voir bientôt les militaires sur notre dos.
— Eh bien, après! quand nous les aurions sur notre dos? répondit Hugh. Qu'est-ce que ça nous fait? Croyez-vous qu'on en ait peur? Qu'ils y viennent, je ne leur dis que ça, qu'ils y viennent. Le plus tôt sera le mieux. Mettez-moi seulement Barnabé à côté de moi, et à nous deux nous vous les arrangerons, les militaires, sans vous donner la peine de vous en occuper. À la santé de Barnabé!»
Cependant, comme la majorité des camarades là présents en avaient assez pour cette nuit, et ne demandaient pas d'autre affaire, dans l'état de fatigue et d'épuisement où ils étaient déjà, ils se rangèrent du parti de M. Tappertit, et pressèrent l'autre de se dépêcher de souper, disant qu'on n'avait déjà que trop différé le départ. Hugh, de son côté, au milieu même de son ivresse frénétique, ne pouvait s'empêcher de reconnaître qu'ils courraient de gros risques à rester là sur le théâtre des violences récentes; il finit donc son repas sans autre réplique, se leva, s'approcha vers M. Tappertit, et lui donnant une lape sur le dos: