— Non, votre dernier Noël.»
Peut-être Scrooge n'aurait pu dire pourquoi, si on le lui avait demandé, mais il éprouvait un désir tout particulier de voir l'esprit coiffé de son chapeau, et il le pria de se couvrir.
«Eh quoi! s'écria le spectre, voudriez-vous sitôt éteindre avec des mains mondaines la lumière que je donne? N'est-ce pas assez que vous soyez un de ceux dont les passions égoïstes m'ont fait ce chapeau et me forcent à le porter à travers les siècles enfoncé sur mon front!»
Scrooge nia respectueusement qu'il eût l'intention de l'offenser, et protesta qu'à aucune époque de sa vie il n'avait volontairement «coiffé» l'esprit. Puis il osa lui demander quelle besogne l'amenait.
«Votre bonheur!» dit le fantôme.
Scrooge se déclara fort reconnaissant, mais il ne put s'empêcher de penser qu'une nuit de repos non interrompu aurait contribué davantage à atteindre ce but. Il fallait que l'esprit l'eût entendu penser, car il dit immédiatement:
«Votre conversion, alors… Prenez garde!»
Tout en parlant, il étendit sa forte main, et le saisit doucement par le bras.
«Levez-vous! et marchez avec moi!»
C'eût été en vain que Scrooge aurait allégué que le temps et l'heure n'étaient pas propices pour une promenade à pied; que son lit était chaud et le thermomètre bien au-dessous de glace; qu'il était légèrement vêtu, n'ayant que ses pantoufles, sa robe de chambre et son bonnet de nuit; et qu'en même temps il avait à ménager son rhume. Pas moyen de résister à cette étreinte, quoique aussi douce que celle d'une main de femme. Il se leva; mais, s'apercevant que l'esprit se dirigeait vers la fenêtre, il saisit sa robe dans une attitude suppliante.