— Non, dit Scrooge, non. Seulement j'aimerais à pouvoir dire en ce moment un mot ou deux à mon commis. Voilà tout.»

Son autre lui-même éteignit les lampes au moment où il exprimait ce désir; et Scrooge et le fantôme se trouvèrent de nouveau côte à côte en plein air.

«Mon temps s'écoule, observa l'esprit… Vite!»

Cette parole n'était point adressée à Scrooge ou à quelqu'un qu'il pût voir, mais elle produisit un effet immédiat, car Scrooge se revit encore. Il était plus âgé maintenant, un homme dans la fleur de l'âge. Son visage n'avait point les traits durs et sévères de sa maturité; mais il avait commencé à porter les marques de l'inquiétude et de l'avarice. Il y avait dans son regard une mobilité ardente, avide, inquiète, qui indiquait la passion qui avait pris racine en lui: on devinait déjà de quel coté allait se projeter l'ombre de l'arbre qui commençait à grandir. Il n'était pas seul, il se trouvait au contraire à côté d'une belle jeune fille vêtue de deuil, dont les yeux pleins de larmes brillaient à la lumière du spectre de Noël passé.

«Peu importe, disait-elle doucement, à vous du moins. Une autre idole a pris ma place, et, si elle peut vous réjouir et vous consoler plus tard, comme j'aurais essayé de le faire, je n'ai pas autant de raison de m'affliger.

— Quelle idole a pris votre place? répondit-il.

— Le veau d'or.

— Voilà bien l'impartialité du monde! dit-il. Il n'y a rien qu'il traite plus durement que la pauvreté; et il n'y a rien qu'il fasse profession de condamner avec autant de sévérité que la poursuite de la richesse!

— Vous craignez trop l'opinion du monde, répliquait la jeune fille avec douceur. Vous avez sacrifié toutes vos espérances à celle d'échapper un jour à son mépris sordide. J'ai vu vos plus nobles aspirations disparaître une à une, jusqu'à ce que la passion dominante, le lucre, vous ait absorbé. N'ai-je pas raison?

— Eh bien! quoi? reprit-il. Lors même que je serais devenu plus raisonnable en vieillissant, après? Je ne suis pas changé à votre égard.»