— Pardon, monsieur, dit ma tante en lui jetant un regard pénétrant, vous êtes le monsieur Murdstone qui a épousé la veuve de feu mon neveu David Copperfield de Blunderstone la Rookery? Pourquoi la Rookery? c'est ce que je ne sais pas.

— Oui, madame, dit M. Murdstone.

— Vous me pardonnerez de vous dire, monsieur, reprit ma tante, que je crois qu'il aurait infiniment mieux valu que vous eussiez laissé cette pauvre enfant tranquille.

— Je suis de l'avis de miss Trotwood en ce sens, dit miss
Murdstone en se redressant, que je regarde en effet notre pauvre
Clara comme une enfant sous tous les rapports essentiels.

— Il est heureux, mademoiselle, pour vous et pour moi, qui avançons dans la vie et qui n'avons pas dans nos agréments personnels de grands sujets de craindre qu'ils nous soient fatals, que personne ne puisse en dire autant de nous, reprit ma tante.

— Sans doute, repartit miss Murdstone, quoiqu'elle eût du mal à se décider à convenir de la chose: elle le fit du moins d'assez mauvaise grâce; et comme vous le dites, il aurait infiniment mieux valu pour mon frère qu'il n'eût jamais contracté ce mariage. J'ai toujours été de cet avis-là.

— Je n'en doute pas, dit ma tante. Jeannette, dit-elle après avoir sonné, faites mes compliments à M. Dick, et priez-le de descendre.»

En l'attendant, ma tante regarda le mur en silence, fronçant les sourcils, et se tenant plus droite que jamais. Quand il fut arrivé, elle procéda à la cérémonie de la présentation:

«Monsieur Dick, un de mes anciens et ultimes amis, sur le jugement duquel je compte,» ajouta ma tante avec une intention marquée pour prévenir M. Dick qui mordait ses ongles d'un air hébété.

M. Dick abandonna ses ongles et resta debout au milieu du groupe avec beaucoup de gravité et prêt à montrer la plus profonde attention. Ma tante fit un signe de tête à M. Murdstone qui reprit: