Ma mère voulut me faire tendre la main droite, mais j'étais décidé à ne pas le faire, on sait pourquoi. Je donnai la main gauche à l'étranger qui la serra cordialement en disant que j'étais un fameux garçon, puis il s'en alla.

Je le vis se retourner à la porte du jardin, et nous jeter un regard d'adieu avec ses yeux noirs et son expression de mauvais augure.

Peggotty n'avait pas dit une parole ni bougé le petit doigt, elle ferma les volets et nous rentrâmes dans le petit salon. Au lieu de venir s'asseoir près du feu, suivant sa coutume, ma mère restait à l'autre bout de la chambre, chantonnant à mi-voix.

«J'espère que vous avez passé agréablement la soirée, madame? dit Peggotty, debout au milieu du salon, un flambeau à la main, et roide comme un bâton.

— Très-agréablement, Peggotty, reprit gaiement ma mère. Je vous remercie bien.

— Une figure nouvelle, cela fait un changement agréable, murmura
Peggotty.

— Très-agréable,» répondit ma mère.

Peggotty restait immobile au milieu du salon, ma mère se remit à chanter, je m'endormis. Mais je ne dormais pas assez profondément pour ne pas entendre le bruit des voix, sans comprendre pourtant ce qu'on disait. Quand je me réveillai de ce demi-sommeil, ma mère et Peggotty étaient en larmes.

«Ce n'est toujours pas un individu comme ça qui aurait été du goût de M. Copperfield, disait Peggotty, je le jure sur mon honneur.

— Mais, grand Dieu! s'écriait ma mère, voulez-vous me faire perdre la tête? Il n'y a jamais eu de pauvre fille plus maltraitée par ses domestiques que moi. Mais je ne sais pas pourquoi je m'appelle une pauvre fille! N'ai-je pas été mariée, Peggotty?