M. Dick était grand amateur de pain d'épice. Pour lui rendre ses visites plus agréables, ma tante m'avait chargé d'ouvrir pour lui un crédit chez un pâtissier, avec l'ordre de ne jamais lui en fournir par jour pour plus de dix pences. Cette règle stricte et le payement qu'elle se réservait de faire elle-même des comptes de l'hôtel où il couchait, me portèrent à croire qu'elle lui permettait de faire sonner son argent dans son gousset, mais non pas de le dépenser. Je découvris plus tard que c'était le cas, en effet, ou qu'au moins il était convenu, entre ma tante et lui, qu'il lui rendrait compte de toutes ses dépenses. Comme il n'avait pas l'idée de la tromper, et qu'il avait la plus grande envie de lui plaire, il y mettait une grande modération. Sur ce point comme sur tout autre, M. Dick était convaincu que ma tante était la plus sage et la plus admirable femme du monde, comme il me le confia plusieurs fois sous le sceau du secret et à l'oreille.

«Trotwood, me dit M. Dick d'un air mystérieux après m'avoir fait cette confidence un mercredi, qui est cet homme qui se cache près de notre maison pour lui faire peur?

— Pour faire peur à ma tante, monsieur?»

M. Dick fit un signe d'assentiment.

«Je croyais que rien au monde ne pouvait lui faire peur, dit-il, car c'est… Ici il baissa la voix; c'est… ne le répétez pas… la plus sage et la plus admirable de toutes les femmes.»

Après quoi il fit un pas en arrière pour voir l'effet que produisait sur moi cette définition de ma tante.

«La première fois qu'il est venu, dit M. Dick, c'était… voyons donc: seize cent quarante-neuf est la date de l'exécution du roi Charles. Je crois que vous avez bien dit seize cent quarante-neuf?

— Oui, monsieur.

— Je n'y comprends rien, dit M. Dick très-troublé et secouant la tête; je ne crois que je puisse être aussi vieux que cela.

— Est-ce que c'est cette année-là que cet homme a paru, monsieur? demandai-je.