La seule chose qui m'occupât l'esprit, quand nous fûmes enfin tout de bon sur la route, c'était de paraître aussi âgé que possible au conducteur, et de me faire une grosse voix. J'eus bien du mal à réussir dans cette dernière prétention, mais j'y tenais parce que c'était un moyen sûr de me grandir.

«Vous allez à Londres, monsieur? dit le conducteur.

— Oui, William, dis-je d'un ton de condescendance (je le connaissais un peu), je vais à Londres: après cela j'irai de là en Suffolk.

— Pour chasser, monsieur? dit le conducteur. Il savait aussi bien que moi qu'à cette époque de l'année, il était à peu près aussi probable que j'allais à la pêche de la baleine, mais c'est égal, je regardai cette question comme un compliment flatteur.

— Je ne sais pas, dis-je en prenant un air d'indécision, si je ne tirerai pas en effet quelques coups de fusil.

— On dit que le gibier est devenu très-difficile à approcher, reprit William.

— C'est ce qu'on m'a dit, répondis-je.

— «Êtes-vous du comté de Suffolk, monsieur?

— Oui, dis-je avec un air d'importance, je suis du comté de
Suffolk.

— On dit que les chaussons de pommes sont superbes par là.»