— Mon Dieu! s'écria-t-il tout à coup, c'est le petit
Copperfield!»
Je lui pris les deux mains et je ne pouvais me décider à les lâcher. Sans la fausse bonté et la crainte de lui déplaire, je lui aurais sauté au cou en fondant en larmes.
«Je n'ai jamais été aussi heureux, mon cher Steerforth. Que je suis content de vous voir!
— Et moi aussi, j'en suis charmé, dit-il en me serrant cordialement la main. Allons, Copperfield, mon garçon, pas tant d'émotion!»
Je crois pourtant qu'il n'était pas fâché de voir la joie que j'éprouvais en le revoyant.
J'essuyai à la hâte les larmes que je n'avais pu retenir, malgré tous mes efforts, et j'essayai de rire; puis nous nous assîmes à côté l'un de l'autre.
«Et comment vous trouvez-vous ici? me dit Steerforth en me frappant sur l'épaule.
— Je suis arrivé aujourd'hui par la diligence de Canterbury. J'ai été adopté par une tante qui vit par là, et je viens d'y finir mon éducation. Et vous, comment vous trouvez-vous ici, Steerforth?
— Eh bien! mais, je suis ce qu'on appelle un étudiant d'Oxford, c'est-à-dire que je suis allé m'ennuyer là à mourir trois fois par an, et maintenant je retourne chez ma mère. Vous êtes, ma foi, le plus joli garçon du monde, avec votre mine avenante, Copperfield! pas changé du tout; maintenant que je vous regarde, vous êtes toujours le même!
— Oh! moi, je vous ai reconnu tout de suite, lui dis-je; mais vous, on ne vous oublie pas si facilement.»