La première exclamation semblait une question adressée à tous deux, la seconde était évidemment à l'adresse de Steerforth seul. Ne recevant de l'un ni de l'autre la réponse qu'elle espérait sans doute, elle continua de frotter en penchant la tête et en tournant un oeil vers le plafond, comme si elle cherchait dans les airs la réponse qui lui faisait défaut ici-bas, et qu'elle s'attendit à la voir apparaître immédiatement.

«Une soeur à vous, monsieur Copperfield? s'écria-t-elle après un moment de silence et en conservant toujours la même attitude; une soeur à vous?

— Non, dit Steerforth sans me laisser le temps de répondre, point du tout. Au contraire, M. Copperfield a eu lui-même beaucoup de goût pour elle ou je me trompe fort.

— Et c'est passé? répliqua miss Mowcher. Il est donc volage? quelle honte!

Il a sucé le suc de chaque fleur,
Portant partout son inconstante ardeur
Jusqu'au jour où, belle Marie,
Vous l'avez fixé pour la vie.

Qu'en dites-vous? est-ce bien Marie qu'elle s'appelle?»

Cette question tombait si brusquement sur moi, et l'espèce de lutin qui me l'adressait me regardait d'un air si rusé, que je fus tout à fait déconcerté pendant un moment.

«Non, miss Mowcher, répondis-je, elle s'appelle Émilie.

— Ah! ah! dit-elle du même ton. Voyez-vous ça? Je suis sûre que vous me trouvez bien bavarde, n'est-ce pas, monsieur Copperfield? Mais n'ayez pas peur, je suis discrète.»

Son ton et ses regards avaient une signification qui ne me plaisaient pas dans la circonstance. Je lui dis donc d'un air plus grave que celui que nous avions pris jusqu'alors: