— Allons, dit ma tante, voilà qui me réjouit.

— Je n'y vois qu'une difficulté, ma tante.

— Laquelle, Trot?

— C'est que je voulais vous demander, ma tante, si mon admission dans cette profession, qui ne se compose pas, je crois, d'un grand nombre de membres, ne sera pas horriblement chère?

— C'est une affaire de mille livres sterling tout nets, dit ma tante.

— Eh bien, ma chère tante, lui dis-je en me rapprochant d'elle, voilà ce qui me préoccupe. C'est une somme considérable! Vous avez dépensé beaucoup d'argent pour mon éducation, et en toutes choses vous avez été aussi libérale que possible à mon égard. Rien ne peut donner une idée de votre générosité envers moi. Mais il y a certainement des carrières que je pourrais embrasser, sans dépenser, pour ainsi dire, tout en ayant des chances de réussir par le travail et la persévérance. Êtes-vous bien sûre qu'il ne valût pas mieux en essayer? Êtes-vous bien sûre de pouvoir faire encore ce sacrifice, et qu'il ne valût pas mieux vous l'épargner? je vous demande seulement à vous, ma chère et seconde mère, d'y réfléchir avant de prendre ce parti.»

Ma tante finit sa rôtie en me regardant toujours en face, puis elle posa son verre sur la cheminée, et, appuyant ses mains croisées sur sa robe relevée, elle me répondit comme suit:

«Trot, mon cher entant, si j'ai un but dans la vie, c'est de faire de vous un homme vertueux, sensé et heureux; c'est tout mon désir, et Dick pense comme moi. Je voudrais que certaines gens de ma connaissance pussent entendre la conversation de Dick sur ce sujet. Il est d'une merveilleuse sagacité, mais il n'y a que moi qui connaisse bien toutes les ressources d'intelligence de cet homme!»

Elle s'arrêta un moment pour prendre ma main dans les siennes, puis elle reprit:

«Il est inutile, Trot, de rappeler le passé, quand ces souvenirs ne peuvent servir de rien pour le présent. Peut-être aurais-je pu être mieux avec votre père, peut-être aurais-je pu être mieux avec votre mère, la pauvre enfant, même après le désappointement que m'a causé votre soeur Betsy Trotwood. Quand vous êtes arrivé chez moi, pauvre petit garçon errant, couvert de poussière et épuisé de fatigue, peut-être me le suis-je dit tout de suite en vous voyant. Depuis ce temps jusqu'à présent, Trot, vous m'avez toujours fait honneur, vous avez été pour moi un sujet d'orgueil et de satisfaction; personne que vous n'a de droits sur ma fortune, c'est-à-dire…» Ici, à ma grande surprise, elle hésita et parut embarrassée. «Non, personne n'a de droit sur ma fortune, et vous êtes mon fils adoptif: je ne vous demande que d'être aussi pour moi un fils affectueux, de supporter mes fantaisies et mes caprices, et vous ferez pour une vieille femme, dont la jeunesse n'a été ni aussi heureuse, ni aussi conciliante qu'elle eût pu l'être, plus que cette vieille femme n'aura jamais fait pour vous.»