«Allons, courage, monsieur! me dit mistress Crupp; je ne puis supporter de vous voir ainsi, monsieur; moi aussi, je suis mère!»
Je ne saisissais pas bien l'application que je pouvais me faire de ce «moi aussi,» ce qui ne m'empêcha pas de sourire à mistress Crupp avec toute la bienveillance dont j'étais capable.
«Allons, monsieur! dit mistress Crupp. Je vous demande pardon excuse; mais je sais ce dont il s'agit, monsieur. Il y a une demoiselle là-dessous.
— Mistress Crupp! répondis-je en rougissant.
— Le bon Dieu vous bénisse! ne vous laissez pas abattre, monsieur, dit mistress Crupp avec un signe d'encouragement. Ayez bon courage, monsieur! si celle-là n'est pas aimable pour vous, il n'en manque pas d'autres. Vous êtes un jeune monsieur avec qui on ne demande pas mieux que d'être aimable, monsieur Compère fils; il faut seulement que vous vous estimiez ce que vous valez, monsieur.»
Mistress Crupp ne manquait jamais de m'appeler monsieur Compère fils: d'abord, sans aucun doute, parce que ce n'était pas mon nom, et ensuite peut-être en souvenir de quelque baptême où le parrain l'avait choisie pour sa commère.
«Qu'est-ce qui vous fait supposer qu'il y ait une demoiselle là- dessous, mistress Crupp?
— Monsieur Compère fils, dit mistress Crupp d'un ton de sensibilité, moi aussi, je suis mère!»
Pendant un moment mistress Crupp ne put faire autre chose que de se tenir la main appuyée sur son sein nankin, et de prendre des forces préventives contre le retour de ses coliques en sirotant sa médecine. Enfin elle me dit:
«Quand votre chère tante loua pour vous cet appartement, monsieur Compère fils, je me dis: «J'ai enfin trouvé quelqu'un à aimer; le ciel en soit loué; j'ai enfin trouvé quelqu'un à aimer!» Voilà mon expression… Vous ne mangez pas assez, monsieur, et vous ne buvez pas non plus.