Je passai ensuite à l'examen de la bourse. Elle était en cuir épais, avec un fermoir, et contenait trois shillings bien luisants que Peggotty avait évidemment polis et repolis avec soin pour ma plus grande satisfaction. Mais ce qu'elle contenait de plus précieux, c'étaient deux demi-couronnes enveloppées dans un morceau de papier, sur lequel ma mère avait écrit: «Pour Davy avec toutes mes tendresses.» Cela m'émut tellement, que je demandai au voiturier d'avoir la bonté de me rendre mon mouchoir de poche; mais il me répondit que selon lui, je ferais mieux de m'en passer, et je trouvai qu'il avait raison; j'essuyai donc tout bonnement mes yeux sur ma manche et ce fut fini pour de bon.

Cependant il me restait encore de mes émotions passées, un profond sanglot de temps à autre. Après avoir ainsi voyagé pendant quelque temps, je demandai au voiturier s'il devait me conduire tout le long du chemin.

«Jusqu'où? demanda le voiturier.

— Eh bien! jusque-là, dis-je.

— Où ça, là? demanda le voiturier.

— Près de Londres, dis-je.

— Mais ce cheval-là, dit le voiturier en secouant les rênes pour me le montrer, serait plus mort qu'un cochon rôti, avant d'avoir fait la moitié du chemin.

— Vous n'allez donc que jusqu'à Yarmouth? demandai-je.

— Justement, dit le voiturier. Et là je vous mettrai dans la diligence, et la diligence vous mènera… où c'que vous allez.»

C'était beaucoup parler pour le voiturier (qui s'appelait M. Barkis), homme d'un tempérament flegmatique, comme je l'ai dit dans un chapitre précédent, et point du tout conversatif. Je lui offris un gâteau, comme marque d'attention; il l'avala d'une bouchée, ainsi qu'aurait pu faire un éléphant, et sa large face ne bougea pas plus que n'aurait pu faire celle d'un éléphant.