— Oui, certainement.
— Et mais, dit-il en s'armant d'une grande cuiller, le pudding aux fruits est mon pudding favori, n'est-ce pas heureux? Allons, mon petit homme, voyons qui de nous deux ira le plus vite.»
Le garçon fut certainement celui qui alla le plus vite. Il me supplia plus d'une fois de me dépêcher de gagner la gageure, mais il y avait une telle différence entre sa cuiller à ragoût et ma cuiller à café, entre son agilité et mon agilité, entre son appétit et mon appétit que je restai promptement en arrière. Je crois que je n'ai jamais vu personne aussi charmé d'un pudding; il avait déjà fini qu'il riait encore de plaisir, comme s'il le savourait toujours.
Je le trouvai si complaisant et de si bonne humeur, que je la priai de me procurer une plume, du papier et de l'encre pour écrire à Peggotty. Non-seulement il me l'apporta immédiatement, mais encore il eut la bonté de regarder par-dessus mon épaule pendant que j'écrivais ma lettre. Quand j'eus fini, il me demanda où j'allais en pension.
«Près de Londres, lui dis-je. C'était tout ce que je savais.
— Oh! mon Dieu, dit-il de l'air le plus triste, j'en suis désolé.
— Pourquoi donc? lui demandai-je.
— Oh! mon Dieu, dit-il en hochant la tête, c'est justement la pension où on a brisé les côtes d'un petit garçon, les deux côtes; il était encore tout jeune. Il avait à peu près: voyons, quel âge avez-vous?»
Je lui dis que j'avais huit ans et demi.
«Tout juste son âge, dit-il. Il avait huit ans et demi quand on lui a brisé sa première côte; huit ans et huit mois quand on lui a brisé la seconde, et ma foi! c'était fini.»