— Mon Agnès! s'écria-t-il, avec un tortillement anguleux plus que dégoûtant. Soyez assez bon pour l'appeler Agnès, maître Copperfield!

— Pour l'amour d'Agnès Wickfield… que Dieu bénisse!

— Je vous remercie de ce souhait, maître Copperfield!

— Je vais vous dire ce que, dans toute autre circonstance, j'aurais autant songé à dire à… Jacques Retch.

— À qui, monsieur? dit Uriah, tendant le cou, et abritant son oreille de sa main, pour mieux entendre.

— Au bourreau, repris-je; c'est-à-dire à la dernière personne à qui l'on dût penser… Et pourtant il faut être franc, c'était le visage d'Uriah qui m'avait suggéré naturellement cette allusion. Je suis fiancé à une autre personne. J'espère que cela vous satisfait?

— Parole d'honneur?» dit Uriah.

J'allais répéter ma déclaration avec une certaine indignation, quand il s'empara de ma main, et la pressa fortement.

«Oh, maître Copperfield! dit-il; si vous aviez seulement daigné me témoigner cette confiance, quand je vous ai révélé l'état de mon âme, le jour où je vous ai tant dérangé en venant coucher dans votre salon, jamais je n'aurais songé à douter de vous. Puisqu'il en est ainsi, je m'en vais renvoyer immédiatement ma mère; trop heureux de vous donner cette marque de confiance. Vous excuserez, j'espère, des précautions inspirées par l'affection. Quel dommage, maître Copperfield, que vous n'ayez pas daigné me rendre confidence pour confidence! je vous en ai pourtant offert bien des occasions; mais vous n'avez jamais eu pour moi toute la bienveillance que j'aurais souhaitée. Oh non! bien sûr, vous ne m'avez jamais aimé, comme je vous aimais!»

Et, tout en disant cela, il me serrait la main entre ses doigts humides et visqueux. En vain, je m'efforçai de me dégager. Il passa mon bras sous la manche de son paletot chocolat, et je fus ainsi forcé de l'accompagner.