Je ne lui répondis pas un mot, et je montai dans la tranquille petite chambre où Agnès était venue si souvent s'asseoir près de moi pendant que je travaillais: J'y restai assez tard, sans que personne vint m'y tenir compagnie. Je pris un livre et j'essayai de lire; j'entendis les horloges sonner minuit, et je lisais encore sans savoir ce que je lisais, quand Agnès me toucha doucement l'épaule.
«Vous partez de bonne heure demain, Trotwood, je viens vous dire adieu.»
Elle avait pleuré, mais son visage était redevenu beau et calme.
«Que Dieu vous bénisse! dit-elle en me tendant la main.
— Ma chère Agnès, répondis-je, je vois que vous ne voulez pas que je vous en parle ce soir; mais n'y a-t-il rien à faire?
— Se confier en Dieu! reprit-elle.
— Ne puis-je rien faire… moi qui viens vous ennuyer de mes pauvres chagrins?
— Vous en rendez les miens moins amers, répondit-elle, mon cher
Trotwood!
— Ma chère Agnès, c'est une grande présomption de ma part que de prétendre à vous donner un conseil, moi qui ai si peu de ce que vous possédez à un si haut degré, de bonté, de courage, de noblesse; mais vous savez combien je vous aime et tout ce que je vous dois. Agnès, vous ne vous sacrifierez jamais à un devoir mal compris?»
Elle recula d'un pas et quitta ma main. Jamais je ne l'avais vue si agitée.