— Laissez-moi, lui dis-je, en arrachant ma main de la sienne, laissez-moi, chien que vous êtes, je ne vous connais plus.
— Vraiment! dit-il, en posant sa main sur sa joue endolorie, vous aurez beau faire; vous ne pourrez peut-être pas vous empêcher de me connaître. Savez-vous que vous êtes un ingrat?
— Je vous ai assez souvent laissé voir, dis-je, que je vous méprise. Je viens de vous le prouver plus clairement que jamais. Pourquoi craindrais-je encore, en vous traitant comme vous le méritez, de vous pousser à nuire à tous ceux qui vous entourent? ne leur faites-vous pas déjà tout le mal que vous pouvez leur faire?»
Il comprit parfaitement cette allusion aux motifs qui jusque-là m'avaient forcé à une certaine modération dans mes rapports avec lui. Je crois que je ne me serais laissé aller ni à lui parler ainsi, ni à le châtier de ma propre main, si je n'avais reçu, ce soir-là, d'Agnès, l'assurance qu'elle ne serait jamais à lui. Mais peu importe!
Il y eut encore un long silence. Tandis qu'il me regardait, ses yeux semblaient prendre les nuances les plus hideuses qui paissent enlaidir des yeux.
«Copperfield, dit-il en cessant d'appuyer la main sur sa joue, vous m'avez toujours été opposé. Je sais que chez M. Wickfield, vous étiez toujours contre moi.
— Vous pouvez croire ce que bon vous semble, lui dis-je avec colère. Si ce n'est pas vrai, vous n'en êtes encore que plus coupable.
— Et pourtant, je vous ai toujours aimé, Copperfield, reprit-il.»
Je ne daignai pas lui répondre, et je prenais mon chapeau pour sortir de la chambre, quand il vint se planter entre moi et la porte.
«Copperfield, dit-il, pour se disputer, il faut être deux. Je ne veux pas être un de ces deux-là.