— Non, je ne suis pas votre chérie. Vous êtes certainement fâché de m'avoir épousée, sans cela vous ne voudriez pas me parler raison!»

Ce reproche me parut d'une telle inconséquence, que cela me donna le courage de lui dire:

«Allons, ma Dora, ne soyez pas si enfant, vous dites là des choses qui n'ont pas de bon sens. Vous vous rappelez certainement qu'hier j'ai été obligé de sortir avant la fin du dîner et que la veille, le veau m'a fait mal, parce qu'il n'était pas cuit et que j'ai été obligé de l'avaler en courant; aujourd'hui je ne dîne pas du tout, et je n'ose pas dire combien de temps nous avons attendu le déjeuner; et encore l'eau ne bouillait seulement pas pour le thé. Je ne veux pas vous faire de reproches, ma chère petite! mais tout ça n'est pas très-agréable.

— Oh, méchant, méchant que vous êtes, comment pouvez-vous me dire que je suis une femme désagréable!

— Ma chère Dora, vous savez bien que je n'ai jamais dit ça!

— Vous avez dit que tout ça n'était pas très-agréable.

— J'ai dit que la manière dont on tenait notre ménage n'était pas agréable.

— C'est exactement la même chose!» cria Dora. Et évidemment elle le croyait, car elle pleurait amèrement.

Je fis de nouveau quelques pas dans la chambre, plein d'amour pour ma jolie petite femme, et tout prêt à me casser la tête contre les murs, tant je sentais de remords. Je me rassis, et je lui dis:

«Je ne vous accuse pas, Dora. Nous avons tous deux beaucoup à apprendre. Je voudrais seulement vous prouver qu'il faut véritablement, il le faut (j'étais décidé à ne point céder sur ce point), vous habituer à surveiller Marie-Jeanne, et aussi un peu à agir par vous-même dans votre intérêt comme dans le mien.