— Non! dit-elle. Je vous supplie tous de ne pas quitter la chambre. Ô mon mari, mon père, rompons enfin ce long silence. Sachons enfin l'un et l'autre ce qu'il peut y avoir entre nous!»
Mistress Markleham avait retrouvé la parole, et, pleine d'orgueil pour sa famille et d'indignation maternelle, elle s'écriait:
«Annie, levez-vous à l'instant, et ne faites pas honte à tous vos amis en vous humiliant ainsi, si vous ne voulez pas que je devienne folle à l'instant.
— Maman, répondit Annie, veuillez ne pas m'interrompez, c'est à mon mari que je m'adresse; je ne vois que lui ici: il est tout pour moi.
— C'est-à-dire, s'écria mistress Markleham, que je ne suis rien! Il faut que cette enfant ait perdu la tête! Soyez assez bons pour me procurer un verre d'eau!»
J'étais trop occupé du docteur et de sa femme pour obéir à cette prière, et comme personne n'y fit la moindre attention, mistress Markleham fut forcée de continuer à soupirer, à s'éventer et à ouvrir de grands yeux.
«Annie! dit le docteur en la prenant doucement dans ses bras, ma bien-aimée! S'il est survenu dans notre vie un changement inévitable, vous n'en êtes pas coupable. C'est ma faute, à moi seul. Mon affection, mon admiration, mon respect pour vous n'ont pas changé. Je désire vous rendre heureuse. Je vous aime et je vous estime. Levez-vous, Annie, je vous en prie!»
Mais elle ne se releva pas. Elle le regarda un moment, puis, se serrant encore plus contre lui, elle posa son bras sur les genoux de son mari, et y appuyant sa tête, elle dit:
«Si j'ai ici un ami qui puisse dire un mot à ce sujet, pour mon mari ou pour moi; si j'ai ici un ami qui puisse faire entendre un soupçon que mon coeur m'a parfois murmuré; si j'ai ici un ami qui respecte mon mari ou qui m'aime; si cet ami sait quelque chose qui puisse nous venir en aide, je le conjure de parler.»
Il y eut un profond silence. Après quelques instants d'une pénible hésitation, je me décidai enfin: