Il était assis près d'une fenêtre où il cultivait quelques fleurs. La chambre était propre et bien rangée. Je vis en un clin d'oeil que tout était prêt pour la recevoir, et qu'il ne sortait jamais sans se dire que peut-être il la ramènerait là le soir. Il ne m'avait pas entendu frapper à la porte, et il ne leva les yeux que quand je posai la main sur son épaule.
«Maître Davy! merci, monsieur; merci mille fois de votre visite!
Asseyez-vous. Soyez le bienvenu, monsieur.
— Monsieur Peggotty, lui dis-je en prenant la chaise qu'il m'offrait, je ne voudrais pas vous donner trop d'espoir, mais j'ai appris quelque chose.
— Sur Émilie?»
Il posa sa main sur sa bouche avec une agitation fiévreuse, et, les yeux fixés sur moi, il devint d'une pâleur mortelle.
«Cela ne vous donne aucun indice sur l'endroit où elle se trouve, mais enfin elle n'est plus avec lui.»
Il s'assit, sans cesser de me regarder, et entendit dans le plus profond silence tout ce que j'avais à lui dire. Je n'oublierai jamais la dignité de ce grave et patient visage; il m'écoutait, puis, les yeux baissés, il appuyait sa tête sur sa main; il resta tout ce temps immobile sans m'interrompre une seule fois. Il semblait qu'il n'y eût dans tout cela qu'une figure qu'il poursuivait à travers mon récit; il laissait passer à mesure toutes les autres comme des ombres vulgaires dont il ne se souciait point.
Quand j'eus fini, il se cacha la tête un moment entre ses deux mains et garda le silence. Je me tournai du côté de la fenêtre comme pour examiner les pots de fleurs.
«Qu'en pensez-vous, maître Davy? me demanda-t-il enfin.
— Je crois qu'elle vit, répondis-je.